« La logique argent public pour le public s’impose progressivement »

Surprise ? Moins d’un Français sur trois (28 %) estime qu’il est normal que l’État finance l’enseignement privé, contre 53 % en 1983, soit une chute de 25 points. Les Françaises et les Français sont favorables à un meilleur contrôle du privé sous contrat et à plus d’équité. Moins de 2 sondés sur 3 sont favorables au principe du privé, la tendance étant à la baisse depuis 1983. L’enquête ne révèle pas une remise en question de son principe et de son existence, mais une exigence de plus de contrôle pédagogique et financier, de plus d’équité des Français.es et des familles, même parmi celles qui scolarisent un enfant dans le privé.

Le retour du débat public-privé et la question du contrôle

« Le match public-privé a déterré l’enjeu du contrôle du privé. Depuis les années 1980, c’est un trou noir de l’école, objet de non-contrôle problématique de la part des autorités de tutelle. Grâce à l’actualité, on a ravivé le sujet» lance François Kraus, directeur du pôle politique de l’IFOP lors de la présentation de l’étude IFOP pour le Comité National d’Action Laïque (CNAL). L’enquête a été menée auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 parents d’élèves, dont 777 dans le public et 223 dans le privé, âgés de 18 ans et plus. Les entretiens ont été réalisés en ligne du 25 juin au 7 juillet 2025.

Le privé dans l’actualité

Elle intervient dans un contexte où les questions d’actualité éducative – de la loi Debré à la loi Bayrou – ont refait surface. « L’affaire de Betharram a été l’occasion d’ouvrir la boîte noire. Les propos polémiques du SGEC sur la prière en classe ont remis le sujet à l’ordre du jour », souligne François Kraus.

La prière en classe ? 60 % des Français s’opposent à la prière sur les heures de classe comme le suggérait Guillaume Prévost, le nouveau Secrétaire général de l’Enseignement catholique.

L’adhésion au principe du privé s’effrite, mais ne disparaît pas

L’étude révèle que 63 % des Français adhèrent encore au principe d’un enseignement privé en France, contre 71 % en 1983, soit une baisse de dix points en quarante ans. François Kraus parle d’« une baisse et un ramollissement » du soutien au privé.

Les différences sont marquées selon le profil : 90 % des parents catholiques pratiquants restent favorables au privé, contre 59 % des personnes athées ou non pratiquantes.

Moins d’un Français sur trois (28 %) estime qu’il est normal que l’État finance l’enseignement privé

Le débat se déplace surtout sur la question du financement. Moins d’un Français sur trois (28 %) estime qu’il est normal que l’État finance l’enseignement privé, contre 53 % en 1983, soit une chute de 25 points. Pour six parents sur dix, ce financement devrait relever des familles elles-mêmes. Même parmi les parents du privé, 42 % considèrent qu’ils doivent en assumer le coût. « La logique argent public pour le public s’impose progressivement », observe l’IFOP.

Aujourd’hui, 60 % des familles jugent que le financement du privé doit revenir aux familles, soit une progression de 20 points en vingt ans. Selon François Kraus, « Ce n’est pas un sujet polarisé. On n’est pas dans une querelle scolaire, mais dans un point de vue globalement consensuel. »

Une forte demande de contrôle et de transparence

Le sondage met en évidence un large consensus sur la nécessité de renforcer les contrôles des établissements privés. Huit parents sur dix souhaitent un renforcement du contrôle pédagogique et financier. « Il y a une nécessité de renforcer les contrôles », insiste François Kraus.

Les Français soutiennent majoritairement l’idée de sanctions en cas de non-respect du contrat passé avec l’État (81 %), voire la suppression du financement public (77 %). Une majorité se dit également favorable à une modulation du financement selon la mixité scolaire (69 %) ou sociale (65 %). Cette exigence de transparence transcende les clivages : les parents du privé eux-mêmes reconnaissent la nécessité d’une régulation accrue.

Les contrôles apparaissent également insuffisants sur certains contenus éducatifs : 53 % des parents jugent que le contrôle est trop faible concernant l’éducation sexuelle, et 52 % sur la transmission des valeurs de la République. Les parents du public se montrent plus exigeants sur ces sujets, mais même dans le privé, moins de la moitié (42 %) jugent les contrôles satisfaisants sur l’égalité de genre. Cette perception est nourrie par le sentiment d’une défaillance de la tutelle, notamment sur la question des violences scolaires.

Pour une partie des familles les plus pratiquantes, la motivation de la scolarisation dans l’enseignement privé est aussi liée à la volonté de préserver leurs enfants des discours progressistes sur les questions de genre ou de sexualité : près d’un parent sur deux évoque ce motif.

Satisfaction généralisée à l’égard de l’école

Enfin, si 94 % des parents jugent leurs enfants en réussite, qu’ils soient dans le public ou le privé, la satisfaction globale est équivalente dans le public et le privé. Pourtant, 70 % des parents ignorent que, selon les chiffres du ministère de l’Éducation, les établissements publics obtiennent de meilleurs résultats que les établissements privés. L’école publique reste ainsi le pilier éducatif pour les familles les plus modestes, rurales ou populaires, celles qui, selon l’IFOP, « ne peuvent pas s’offrir autre chose » mais continuent d’exprimer une forte confiance dans le service public d’éducation.

Djéhanne Gani

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