Attaque dans un collège : l’Ecole et ses professeur.es en première ligne

L’Ecole en première ligne. Ni bunker, ni sanctuaire, l’Ecole est le miroir des fractures de la société. Violences, mésusages des « écrans », mal-être psychique : les maux qui traversent la jeunesse ne s’arrêtent pas aux grilles des établissements scolaires. Les récentes attaques au couteau, à NantesBenfeld, ou Sanary, impliquant des adolescents en situation de fragilité, en sont une illustration brutale. 

« On ne peut pas dans un même temps, réduire le taux d’adultes dans les établissements et déplorer la montée de la violence. La montée de la violence ne peut se régler uniquement en termes de répression, l’éducation doit jouer la carte de la prévention et de l’accompagnement » dénonce le Snes-FSU de l’académie de Nice.

Violence scolaire : un symptôme, pas une fatalité

L’état de santé de notre collègue professeure d’arts plastiques, âgée de 60 ans est qualifié de « très préoccupant ». Et cette attaque vient s’ajouter à une série tragique. En l’espace de cinq ans, quatre personnels de l’Éducation nationale ont été tués : Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie assassiné en 2020 à Conflans-Sainte-Honorine ; en février et octobre 2023, Agnès Lassalle, enseignante d’espagnol poignardée dans sa classe à Saint-Jean-de-Luz, et Dominique Bernard, professeur de français tué lors d’une attaque terroriste à Arras ; en juin 2025, Mélanie Grapinet, assistante d’éducation, décédée à Nogent. S’y ajoute la professeure de musique attaquée à Benfeld en septembre 2025.

À chaque drame, la tentation sécuritaire ressurgit : portiques, caméras, fouilles de sacs.

Mais pour les syndicats comme pour de nombreux professionnels de l’éducation, le diagnostic est unanime : le problème n’est pas matériel, il est humain, comme les victimes. « Quand vous êtes sur un acte imprévisible, isolé comme celui-ci, le risque zéro n’existe pas », a reconnu le ministre de l’Éducation nationale, soulignant les limites des réponses purement sécuritaires. Les détecteurs de métaux, a-t-il ajouté, « ne permettent pas d’arrêter en tant que tel un criminel ».

Rappelons le contexte de suppression de postes comme d’attractivité du métier, la pénurie d’infirmières scolaires, de psychologues, d’éducateurs spécialisés. L’école manque de bras et de visages pour écouter, prévenir et accompagner. En moyenne, le taux d’encadrement infirmier par personnel est 1300 élèves, un médecin pour 12 572 élèves, un assistant social pour 1512 élèves, un psychologue pour 1500 dans le Premier degré.

Focus académique 

« L’académie de Nice est une des plus mal dotée » signale la secrétaire académique du Snes-FSU, « même si l’académie vient de bénéficier de 12 Equivalents temps plein supplémentaires par rapport à la dotation de l’année précédente, ce traitement n’est en rien une faveur ». Elle décrypte : « C’est la conséquence d’une démographie atypique qui perdure dans notre académie, puisqu’à contre-courant de la situation nationale, il est prévu une augmentation pour le 2d degré de 147 élèves. Ces 12 ETP ne sont que la conséquence de cette augmentation du nombre d’élèves : une stricte proportionnalité est appliquée. Il ne faut donc pas attendre une amélioration des indicateurs que notre institution chérit : le E/S, nombre d’élèves devant chaque professeur ne va pas diminuer, le H/E, nombre d’heures d’enseignement par élève, ne va pas augmenter. Les conditions d’étude des élèves et de travail des personnels ne seront pas améliorées. Et la montée des actes de violences est très inquiétante ces dernières années. »

Des enfants auteurs de violence eux-mêmes victimes 

Les faits récents rappellent une réalité trop souvent occultée : nombre de jeunes auteurs de violences sont eux-mêmes des enfants en souffrance. À Nantes comme à Benfeld, les adolescents impliqués étaient connus pour aller mal.

A Sanary, le procureur a confirmé qu’un signalement avait été effectué par le collège pour des « suspicions de violences commises par les parents » à l’encontre de la sœur du jeune mis en cause. L’adolescent, âgé de 14 ans, était suivi par le tribunal pour enfants. Lors de son interpellation, il était « en pleurs, tremblant » et a dit regretter son geste qui était prémédité. Il a dit avoir « une grosse haine » envers lui-même, « davantage qu’à l’encontre de sa professeure ».

Le parquet de Toulon va demander l’ouverture d’une information judiciaire pour tentative d’assassinat, et le placement de l’élève en détention provisoire. Le communiqué précise que « cette qualification fait encourir la peine de réclusion criminelle à perpétuité, réduite à 20 ans de réclusion criminelle pour les mineurs âgés de moins de 16 ans« ,

« Manifestement, il serait victime dans son domaine familial », a déclaré le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, précisant que le jeune devait rencontrer la Protection judiciaire de la jeunesse… après quatre mois d’attente.

« C’est trop long. On doit pouvoir réduire ce délai à quinze jours », a-t-il admis, pointant les défaillances de l’accompagnement des enfants victimes.

Un continuum de violences

Les violences en milieu scolaire ne surgissent pas ex nihilo. Elles s’inscrivent dans un continuum : violences familiales, discours de haine, brutalisation du débat public, conflits armés omniprésents dans l’actualité. Les garçons, surreprésentés parmi les auteurs, agissent souvent dans un contexte marqué par des rapports de domination et des violences faites aux femmes.

Changer de cap

« On ne peut pas dans un même temps, réduire le taux d’adultes dans les établissements et déplorer la montée de la violence » déclare Fabienne Langoureau, la secrétaire académique du SNES-FSU. « La montée de la violence ne peut se régler uniquement en termes de répression, l’éducation doit jouer la carte de la prévention et de l’accompagnement, il en va de sa mission » poursuit-elle, préconisant de « rétablir tous les postes de psychologues scolaires, d’infirmiers scolaires, de médecins scolaires ». Son état des lieux est alarmant : « dans le Var sur les 23 postes existants de médecins scolaires seuls 4 sont pourvus ! De même 43 postes de Psychologues sont vacants dans l’académie ! Il en va de la santé de nos élèves et de la sécurité de nos collègues ».

Pour les personnels éducatifs, la réponse ne peut être uniquement sécuritaire, les dispositifs de sécurité ont été renforcés, mais les moyens éducatifs et préventifs baissent. Elle doit être éducative, sociale et judiciaire, à tous les étages. Prévenir les ruptures, détecter plus tôt les signaux faibles, renforcer la protection de l’enfance et les moyens de la justice des mineurs, déployer des postes dans les établissements scolaires sont les propositions pour éviter de nouveaux drames.

L’état d’urgence n’est pas seulement sécuritaire. Il est humain, éducatif et politique. Et il concerne toute une génération en détresse.

Djéhanne Gani

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