Mathieu Belezi, Attaquer la terre et le soleil, le tripode, 2022.

Dans une langue sans respiration, des longues phrases, qui s’enchainent parfois sans point ni majuscule, comme une violence sans fin, à la manière d’un conte venu de loin, cruel, des tripes ou de l’enfer, Mathieu Belezi raconte la colonisation de l’Algérie dans une épopée lyrique. Il met en mots la conquête de l’Algérie et ses horreurs. 

La langue est une longue tirade, comme si, une fois déliée, elle devenait inarrêtable, les mots enfouis jaillissent. Elle dit l’horreur de la colonisation, dans un lyrisme cru et cruel : razzias, massacres, viols, enfumades.

Mathieu Belezi met des mots sur la barbarie de la colonisation et la souffrance des femmes, celle des viols, celles des femmes colon qui perdent les fils, leur sœur, sans oublier celle des soldats, enivrés et ivres de sang. Il y a la violence de la colonisation, celle des hommes, des soldats, des combattants et face à cela il y a les victimes de cette folie, des femmes violées, des mères qui perdent leurs enfants, leurs maris.

Deux voix alternent, « rude besogne » et « bain de sang ». Dans « rude besogne », Mathieu Belezi, c’est la voix de Séraphine, une femme colon qui raconte l’installation dans des terres hostiles et misérables, la mort de deux des trois fils du choléra, de sa sœur comme si ni la terre ni les habitants ne voulaient d’eux. C’est la désillusion, loin des promesses de leur terre d’origine.

Les chapitres « Bain de sang » sont le récit de l’explosion de la barbarie, des massacres, des pillages, des exécutions, des viols, c’est la voix aux soldats qui débarquent en Algérie en 1830 pour la conquête. C’est celle du capitaine. « c’est vrai qu’on n’est pas des anges » est un leitmotiv.    

Attaquer la terre et le soleil est un roman magnétique et bouleversant sur l’Algérie et ses massacres de la colonisation qui hante l’œuvre de l’auteur comme certainement notre pays. Le prix du livre inter 2023, prix le Monde 2022 est un roman saisissant de la chair, des corps blessés, ravagés par le déferlement de violences de la colonisation.  

Djéhanne Gani

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