J’ai eu le plaisir immense et l’émotion intense d’animer des échanges autour du formidable livre de Safia Kessas et de Fabrice Riceputi, préfacé par Edwy Plenel « Massacre en Kabylie » (La Découverte) le 18 juin 2026. Ce livre d’une grande force exhume un crime colonial survenu il y a soixante-dix ans, le 23 mai 1956, dans trois villages de Kabylie. C’est une enquête qui interroge aussi les blancs qui traversent encore les mémoires françaises et algériennes. Cette enquête est aussi mon histoire et celle du silence de mon père. Puisque mon père est un des survivants du massacre.
C’est en parlant avec mon père de leur enquête d’abord publiée dans Médiapart que j’ai appris qu’il avait survécu au massacre. Et depuis 1956, il taisait ce traumatisme. 70 ans de ce silence. Depuis, cette histoire m’habite. Comme tant d’autres, de part et d’autre de la Méditerranée : lors de la rencontre à la librairie Libertalia, une femme a témoigné des violences et humiliations faites aux femmes, elle avait 5 ans.
Ce livre est un peu mon histoire, mais c’est, je crois, notre histoire, à toutes et tous. Entre la France et l’Algérie, c’est une longue histoire, de 132 ans de colonisation, une histoire de silence, de déni politique. Et ce n’est pas une historie ancienne ou lointaine.
L’oubli et le silence peuvent être combattus par le travail de l’enquête, comme le montrent Safia Kessas et Fabrice Riceputi et par la transmission. Mais plus que des voix individuelles, n’est-ce pas une voie à emprunter collectivement ?
