
La colère est immense à Paris et ailleurs en France en ce jour de mobilisation. Avec les 172 fermetures de classes prévues à la rentrée 2026, ce sont près de 700 postes supprimés en quatre ans dans l’académie de Paris. Devant le rectorat, familles, enseignant·es et élu·es de gauche dénoncent ce mardi 31 mars 2026 une nouvelle saignée et dégradation de l’école publique. Entre manque de remplaçant·es, baisse et manque de moyens, particulièrement sensible en éducation prioritaire, la colère et l’inquiétude ne retombent pas. Le ministère annonce moins de 10% de participation contre 25 à 30% côté syndical.
Une mobilisation massive et déterminée
Il y a comme un sentiment de jour sans fin devant le rectorat de Paris ce mardi 31 mars. Familles, professeur·es et élu·es parisien·nes de gauche et écologistes se sont rassemblé·es en nombre. Beaucoup expriment une colère profonde, mêlée à une détermination intacte. « Le ministère brutalise une nouvelle fois l’école publique déjà fragilisée », résumait le syndicat majoritaire du Premier degré le Snuipp-FSU 75 à la veille de la journée de manifestation nationale.
Des centaines de postes et de classes supprimées
En quatre ans, près de 700 postes ont été supprimés à Paris. Pour la rentrée 2026, 172 classes doivent fermer, après 176 en 2025. Le SNUipp-FSU 75 conteste ces choix : « La baisse démographique à Paris, comme sur l’ensemble du territoire, devrait permettre d’améliorer les conditions d’enseignement, en garantissant des effectifs raisonnables et en créant les postes nécessaires de remplaçant·es, d’enseignant·es spécialisé·es et de formateur·rices. »
Des parents du 20e arrondissement alertent : « Il y a encore une fermeture de classe à la rentrée. Nous sommes en REP, nous avons besoin de tous les professeurs. Nous manquons déjà d’AESH. »
Jusqu’à 200 classes sans remplaçant·es chaque jour
Le manque de remplaçant·es est au cœur de la mobilisation. « La situation est catastrophique », affirme Virginie, professeure des écoles. Selon le SNUipp-FSU, depuis février, les absences de courte durée ne sont plus remplacées, tandis que les absences longues le sont « de manière chaotique », comme dans une classe de CM1 à l’école du 16 de la rue Tandou dans le 19e arrondissement. Depuis les vacances d’hiver, jusqu’à 200 classes par jour se retrouvent sans enseignant·e. Claire Benaïm, de la FCPE du 20e arrondissement, souligne : « Il y a encore 24 fermetures, souvent dans des écoles en REP avec des indices sociaux très bas. C’est enthousiasmant de voir autant de monde, mais aussi désarmant : chaque école défend ses moyens. Sauver une classe dans une école, c’est malheureusement en fragiliser une autre. »
Moins de moyens pour les élèves les plus fragiles
Faute de postes, les dispositifs d’aide (RASED, ULIS, UPE2A) et les postes d’AESH ne sont pas créés en nombre suffisant, malgré des besoins importants. Les manifestant·es dénoncent « une logique comptable qui ignore les besoins réels », notamment dans les quartiers populaires.
Certains parents évoquent aussi les conséquences d’une fusion d’écoles dans le 20earrondissement rue des Pyrénées : « Nous avons désormais des groupes scolaires de plus de 300 élèves, et cela ne fonctionne pas. La colère reste. »
Professeur·es et familles expriment un profond sentiment de mépris. Sur les pancartes, les messages sont sans équivoque : « Nos enfants valent plus que vos économies », « Classes supprimées, avenirs sacrifiés » ou encore « Non aux classes surchargées, respectons nos enfants ».
« Ne pas se battre école contre école »
La maire écologiste du 12 arrondissement Lucie Castets insiste sur la nécessité d’une vision d’ensemble : « On ne devrait pas se battre école contre école. Il faut garantir des moyens suffisants partout, pour toute la France, pas que Paris, pas que tel arrondissement, pas que telle école. La baisse démographique doit être une opportunité pour améliorer l’encadrement et faire de l’école publique un levier de réduction des inégalités. »
« Tant qu’on ne tournera pas la page du macronisme, on aura des fermetures de classe et un privé qui se frottera les mains tout en bénéficiant de l’argent public »
Une enseignante interroge également les choix budgétaires : « On ferme des classes dans le public, mais qu’en est-il du privé ? Combien d’argent public lui est accordé ? »
Pour la députée insoumise Sarah Legrain, « le sujet, ce n’est pas le rectorat mais les gouvernements macronistes qui enchainent des budgets d’austérité année après année. Tant qu’on ne tournera pas la page du macronisme, on aura des fermetures de classe et un privé qui se frottera les mains tout en bénéficiant de l’argent public ».
De nombreuses pancartes dénoncent la place grandissante de l’enseignement privé, révélant une inquiétude croissante pour l’avenir de l’école publique à Paris. Les manifestant·es redoutent l’évolution en cours qui accentue encore les logiques de ségrégation scolaire.
Une colère qui ne retombe pas
Dans le cortège, de nombreux parents et enseignant·es, notamment des 18e, 19e et 20e arrondissements, ont fait le déplacement. Entre pancartes, écharpes d’élu·es et délégations d’écoles, tous dénoncent une nouvelle vague de suppressions de postes. Accrochée aux grilles du rectorat, une banderole résume avec humour l’exaspération générale et les craintes des conditions d’enseignement : « En classe comme un poisson dans l’eau, pas comme des sardines en boîte ».
Année après année, la même mobilisation — et la même inquiétude pour l’avenir de l’école publique. Et la capitale n’est pas une exception.
Djéhanne Gani