Une journée de débats élu.es, chercheur.es, personnels éducatifs

« Nous tenions à commencer par la question de l’éducation, parce que c’est la mère de toutes les batailles. […] Parce qu’une société qui investit au sens pécuniaire mais aussi au sens symbolique dans l’éducation de ses enfants et de ses jeunes est une société qui investit dans son avenir », a conclu Lucie Castets à l’issue des tables-rondes lors de la Convention Éducation du Front populaire 2027. Que s’est-il passé à Trappes samedi ? 

Des témoignages de jeunes, de personnels de l’Education nationale, d’associations d’éducation populaire

Samedi 15 novembre, Trappes a accueilli une convention Education : se sont réunis autour de trois tables-rondes des acteurs éducatifs, issus de champs divers – des chercheurs, des personnels de l’Éducation nationale, des associations de jeunesse ainsi que des jeunes engagés et responsables d’associations de quartiers populaires, des élu.es. A la fin de l’après-midi, cinq jeunes engagés ont posé une question à Marine Tondelier (Les Ecologistes), François Ruffin (Debout), Benjamin Lucas (Génération.s), Clémentine Autain (Après), Olivier Faure (PS). Le déterminisme social et la reproduction des inégalités ont été au cœur des discussions, tout comme la jeunesse populaire qui s’est exprimée durant tout l’après-midi.

Un appel à la confiance, des moyens pour agir

Pour attaquer le sujet, un directeur d’école de la ville de Trappes, Maxime Louis Nigen a rappelé le rôle actif de l’école dans la lutte contre les inégalités. Il a souligné l’engagement des équipes pédagogiques et formé un voeu : retrouver la confiance. La question de la confiance a été évoquée par les différents personnels de l’Educarion nationale, en écho à la dernière enquête internationale Talis selon laquelle seulement 4 % des enseignants français s’estiment considérés par la société et les décideurs politiques. « Confiance », c’est un mot chargé depuis la « loi de la confiance » de 2019 du ministre Blanquer. A noter que depuis l’enquête Talis 2018, le taux du sentiment de considération des personnels a été quasi divisé par deux.

« L’État s’appuie sur la bonne volonté des personnels en poste », a dénoncé Virginie Cassand, AESH et représentante nationale du SNES-FSU sur l’inclusion, pointant le « bricolage » quotidien et la précarité de son métier : salaire inférieur à 900 euros, absence de statut, revendication intersyndicale.

Valerié Durey, professeure de lycée professionnel rappelle que qu’ « enseigner en lycée professionnel, c’est enseigner à des jeunes qui doutent souvent d’eux-mêmes, parce qu’on leur a fait croire très tôt qu’ils valaient moins que les autres ». Le député de Seine Saint Denis Alexis Corbière (Après) a déploré la situation de la voie professionnelle « considérée comme école de la relégation » et les réformes en cours qui l’ont démantelée. Pour la professeure, les réformes en cours sont une régression : « investir dans l’école populaire », comme elle appelle la voie professionnelle, est incontournable.

« Je crois en la République mais je ne crois pas en l’égalité des chances »

« Il faut arrêter de goinfrer le privé », a lancé la députée de Seine-Sainte Denis Clémentine Autain (Après), dénonçant « le financement, la concurrence entre le système privé et le système public » et « au sommet de l’État, des gens qui ont abandonné l’esprit public » et qui organisent le tri des élèves. La lutte contre le séparatisme scolaire et social a été un fil rouge. De très nombreux intervenants ont évoqué, les ségrégations subies et « une méthode scolaire inadaptée aux besoins du jeune ».

Dylan Ayissi, fondateur d’Une Voie pour Tous, a témoigné de l’orientation subie. Ayoub Kacemi président d’une association dans des quartiers populaires, a souligné l’inadéquation de l’école aux besoins des plus défavorisés. Marie Vergnon (Céméa) a défendu le rôle des alliances éducatives et de l’éducation populaire, complémentaires aux apprentissages scolaires, mais aussi essentielles pour former les enseignants aux pédagogies inclusives, à la coopération et à l’accompagnement de tous.

« Qu’est-ce que vous allez faire pour les jeunes pour changer le système scolaire qui ferme des portes ? »

« Je crois en la République mais je ne crois pas en l’égalité des chances » a lancé un jeune aux représentants politiques. Par leurs différentes interpellations les jeunes ont partagé leur expérience, précarité, foyer, discrimination. Ils ont alerté sur Parcoursup, qualifié de « secteur d’inégalité », un dispositif qui « ferme des portes » et dont les effets pèsent fortement sur la mobilité des filles. L’une des questions posées fut directe : « « Qu’est-ce que vous allez faire pour les jeunes pour changer le système scolaire qui ferme des portes ? »

« Mettre sur pause les réformes »

Plusieurs intervenants ont insisté sur la situation de la jeunesse : « Les jeunes ne vont pas bien », Olivier Faure (PS) « il faut forcément donner plus à ceux qui ont moins, aux enfants des quartiers et de la ruralité ». Marine Tondelier (Les Ecologistes) a souligné la question des droits de l’enfants en ce jour de mobilisation, et plus particulèrement sur le cas des enfants de l’ASE qui cumulent les inégalités.

Clémentine Autain a proposé de mieux prendre en compte l’IPS dans les politiques éducatives. Le député François Ruffin (Debout) a défendu l’idée d’une école où l’on apprend aussi des savoirs pratiques : « Je suis un être incomplet, je ne sais pas réparer, bricoler, cuisiner », plaidant pour leur place dans l’école, « un projet populaire, un projet féministe » selon lui.

Pour le député des Yvelines Benjamin Lucas (Génération.s), « l’école n’a pas été repensée » citant l’exemple du bâti scolaire et de son inadaptation notamment face aux épisodes caniculaires. Il a appelé à « mettre sur pause les réformes », estimant : « on épuise les personnels éducatifs, on épuise les familles », avant d’ajouter la nécessité « d’abroger Parcoursup ».

« L’école est malade des moyens mais aussi des fins » a déclaré le député Ruffin. Les débats ont finalement remis en question la finalité de l’école : « Quel est l’objectif de l’école ? » Questionner les finalités de l’école, les savoirs à enseigner, méthode de dialogue et « alliances éducatives », mixité sociale et scolaire, soutien de l’école publique, pause des réformes ont fait partie des quelques réponses. « Il n’y a aucune fatalité. Ils ont fragilisé l’école, nous allons la reconstruire » concluait Lucie Castets.

À la rentrée, le baromètre de l’UNSA tirait la sonnette d’alarme : seuls 6 % des personnels et 3% des enseignants se disent satisfaits de la politique éducative menée depuis 2017, un chiffre qui illustre une dégradation profonde, liée aux réformes successives, à l’épuisement et aux conditions de travail. A suivre.

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