« Les Combattantes » : une BD pour politiser les violences sexistes et sexuelles

À la croisée du témoignage, de la recherche et du militantisme, Les Combattantes, bande dessinée signée Géraldine Grenet et Marie-Ange Rousseau, retrace l’histoire de la reconnaissance sociale, politique et juridique des violences sexistes et sexuelles (VSS). L’ouvrage documenté, accessible et nécessaire rend lisible un phénomène systémique, encore trop souvent invisibilisé.

Donner des mots pour faire entendre

« Je travaille sur ces questions depuis 2012. Quand j’ai commencé, on n’en parlait pas autant. Moi-même, je n’avais pas conscience de la prévalence de ces violences. Actuellement, les VSS sont davantage discutées dans l’espace public. Il m’a semblé intéressant d’historiciser ces questions par le medium accessible qu’est la BD, de revenir sur la prise en charge des violences conjugales et sexuelles, tant par les associations féministes que par les pouvoirs publics, tout en donnant la parole aux victimes et aux professionnel.les » explique Géraldine Grenet au Café pédagogique.

Longtemps réduites au silence ou cantonnées à la sphère privée, les violences faites aux femmes sont désormais un fait de société incontournable. Depuis #MeToo, le sujet est plus visible, mais reste fragile. D’où l’importance de nommer, comprendre, décrypter. Car « parler de femmes battues », de « harcèlement », « agression », « viol » n’est pas la même chose que de parler de « violences sexistes » ou de « féminicide ». Les mots ont un pouvoir politique et l’évolution des termes accompagne le changement de regard et la prise de conscience d’un phénomène social.

En s’appuyant sur les savoirs féministes, les vécus et les recherches en sociologie, droit, psychologie, et le travail des associations (Planning familial, CIDFF, Solidarité femme), de la Civiise, la BD explore comment ces termes ont émergé, et avec eux, une prise de conscience collective.

Une histoire politique de la domination

Ce que révèle ce travail, c’est la construction historique de l’inégalité entre les sexes. Du code Napoléon, qui considérait les femmes comme mineures, aux slogans féministes des années 70 – « le privé est politique » –, en passant par les luttes pour la reconnaissance du viol, du harcèlement ou des violences conjugales : chaque avancée est le fruit de combats.

Géraldine Grenet présente ainsi la BD : « La BD se structure en deux grandes parties, théorie et pratique, sur le modèle de l’épistémologie féministe ». Des collectifs féministes aux associations de terrain, des centres d’hébergement aux groupes de parole, la lutte s’est organisée pour faire émerger une vérité : les violences sont structurelles, non exceptionnelles.

Une parole collective, des luttes croisées

Le livre met en lumière la notion de continuum des violences : du sexisme ordinaire aux agressions, un même système de domination opère. La BD insiste aussi sur l’importance d’une approche intersectionnelle : les femmes racisées, précaires ou en situation de handicap sont plus exposées, et moins protégées.

Les auteures donnent la parole aux chercheur·ses, militantes, juristes, travailleurs sociaux, tous engagés au quotidien dans la lutte contre les VSS. « Même si l’ouvrage est principalement axé sur la France, il était néanmoins important pour moi de rendre visible le travail des féministes du Nord et du Sud Global, de donner à entendre des voix et des histoires singulières et contrer l’invisibilisation des savoirs et des expériences minoritaires » glisse Géraldine Grenet. « Les mobilisations sociales sont d’autant plus importantes au regard du backlash actuel en matière de droits des femmes et des minorités à travers le monde » ajoute-t-elle.

Connaître pour agir

Les Combattantes est un outil pédagogique puissant, qui restitue 50 ans de mobilisations, de lois, de résistances. Il permet de mieux comprendre les enjeux de prévention, d’éducation, de justice et de santé liés aux violences. Une lecture d’utilité publique donc.

Car aujourd’hui encore, le paradoxe reste entier : les violences sont plus visibles que jamais, mais les moyens pour y faire face restent insuffisants.

Djéhanne Gani

Les Combattantes. Une histoire des violences sexistes et sexuelles, Géraldine Grenet et Marie-Ange Rousseau, 400 pages, éd. Delcourt.

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