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	<title>extreme droite &#8211; Parce que !</title>
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	<description>Le blog de Djéhanne Gani</description>
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	<title>extreme droite &#8211; Parce que !</title>
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		<title>Sophie Djigo : la solidarité n’est pas un crime</title>
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		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 31 Jul 2026 14:07:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[solidarité]]></category>
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					<description><![CDATA[Sophie Djigo, enseignante de philosophie à Valenciennes, a été la cible d’une campagne de cyberharcèlement menée par l’extrême droite suite à un projet pédagogique sur les migrants de Calais. Après la condamnation de ses harceleurs et&#160;une action en justice pour diffamation début 2026,&#160;au référé attendu ce jour, elle publie&#160;La solidarité n’est pas un crime&#160;(Textuel, 2026). [&#8230;]]]></description>
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<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="452" height="582" src="https://parce-que.fr/wp-content/uploads/2026/07/IMG_1601-1-e1775019219578.jpg" alt="" class="wp-image-567" srcset="https://parce-que.fr/wp-content/uploads/2026/07/IMG_1601-1-e1775019219578.jpg 452w, https://parce-que.fr/wp-content/uploads/2026/07/IMG_1601-1-e1775019219578-233x300.jpg 233w" sizes="(max-width: 452px) 100vw, 452px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sophie Djigo, enseignante de philosophie à Valenciennes, a été la cible d’une campagne de cyberharcèlement menée par l’extrême droite suite à un projet pédagogique sur les migrants de Calais. Après la condamnation de ses harceleurs et&nbsp;</strong><a href="https://www.cafepedagogique.net/2026/04/01/au-tribunal-lecole-face-aux-offensives-de-lextreme-droite/"><strong>une action en justice pour diffamation début 2026,</strong></a><strong>&nbsp;au référé attendu ce jour, elle publie</strong>&nbsp;<em><strong>La solidarité n’est pas un crime</strong></em><strong>&nbsp;</strong><strong>(Textuel, 2026).</strong></p>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La philosophe y démonte les usages abusifs d’un mot consensuel en apparence, mais profondément conflictuel dans les faits. À partir de ses enquêtes de terrain à Calais et dans les quartiers populaires du Nord, elle analyse la montée de la criminalisation des engagements solidaires et défend une conception universaliste de la solidarité. Face aux replis identitaires et aux politiques d’exclusion, elle rappelle une exigence fondamentale : « la finalité de la solidarité, c’est l’égalité ». Entre réflexion philosophique et intervention dans le débat public, cet essai entend redonner sa légitimité à l’action solidaire.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi avoir éc</strong><strong>rit<em>&nbsp;La solidarité n’est pas un crime</em>&nbsp;aujourd’hui ?&nbsp;</strong><strong>Est-ce, pour vous, une manière de remettre à l’endroit ce que vous percevez comme une inversion des valeurs, où aider devient suspect ?</strong></p>



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<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="600" height="914" src="https://parce-que.fr/wp-content/uploads/2026/07/book_1080_thumbnail_fr-600x914.jpg.webp" alt="" class="wp-image-568" srcset="https://parce-que.fr/wp-content/uploads/2026/07/book_1080_thumbnail_fr-600x914.jpg.webp 600w, https://parce-que.fr/wp-content/uploads/2026/07/book_1080_thumbnail_fr-600x914.jpg-197x300.webp 197w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot «&nbsp;solidarité&nbsp;» est utilisé de façon très courante, parfois à tort et à travers. Tout le monde se réclame de la solidarité, qui possède des connotations positives, éthiques. Certains partis d’extrême-droite n’hésitent pas à défendre une «&nbsp;solidarité nationale&nbsp;», tandis que les classes supérieures créent des réseaux de piston et d’entraide extrêmement efficaces, dans l’intérêt de leur classe. Comment s’y retrouver au milieu de tous ces usages&nbsp;?</p>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Mon travail de philosophe consiste d’abord à décrire ces multiples usages, puis à adopter l’approche plus normative de la philosophie, c’est-à-dire à trier ce qui, parmi toutes ces références à la solidarité, constitue vraiment de la solidarité et ce qui n’en est qu’une perversion, un dévoiement. Il est crucial de ne pas mettre sur le même plan une «&nbsp;solidarité&nbsp;» internationale néofasciste et les solidarités entre personnes exilées, ou avec le peuple de Palestine. Tout ne se vaut pas et tout ne fait pas sens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, on assiste aujourd’hui à une montée en puissance de phénomènes de criminalisation des solidarités&nbsp;: des discours qui jettent le blâme sur des mouvements de solidarité (avec les personnes étrangères, par exemple) voire des outils législatifs qui permettent de mettre la solidarité en procès sur le plan pénal, réactivant un véritable «&nbsp;délit de solidarité&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là que se situe l’inversion&nbsp;: historiquement, le droit a été constitutif du développement des solidarités. Or, à l’heure où les politiques néolibérales détruisent ces dispositifs solidaires, le droit est même retourné contre les solidarités.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous mobilisez des notions comme « défrontiérisation de la solidarité », « savoirs militants » ou encore « enquête engagée » :</strong>&nbsp;<strong>comment les définir, et en quoi transforment-elles notre manière de produire et de comprendre les savoirs ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand on scrute le concept de solidarité, on s’aperçoit que l’un des éléments qui le caractérise, c’est l’universalité. Donc, chaque fois qu’on «&nbsp;réserve&nbsp;» la solidarité à un groupe, qu’on en exclut un autre groupe, on frontiérise la solidarité et on la dévoie. C’est pourquoi j’en appelle à un processus de «&nbsp;défrontiérisation&nbsp;» de la solidarité, qui vise à lever ces clôtures et à revenir à des pratiques solidaires qui s’adressent potentiellement à tous, pour une raison simple&nbsp;: la finalité de la solidarité, c’est l’égalité – et elle nous concerne tous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce travail de réflexion conceptuelle, de redéfinition du sens de la solidarité n’est pas hors sol&nbsp;: il part d’une enquête engagée sur mes deux principaux terrains philosophiques, la zone-frontière à Calais et les quartiers populaires du Nord de la France. Je pratique une philosophie de terrain, qui pense à partir du réel observé et des multiples points de vue qu’il engage. Cela permet de gagner en objectivité et en justesse, plutôt que de s’en tenir à un savoir nécessairement situé, limité à la position du sujet qui effectue la recherche. Cela prend du temps, mais permet d’atteindre ce que la philosophe Sandra Harding appelle une «&nbsp;objectivité critique&nbsp;», qui est aussi très forte.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La « criminalisation des solidarités » est-elle une réalité juridique — un véritable « délit de solidarité » — ou une construction politique et symbolique ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux. La première est effrayante et bien réelle&nbsp;: j’analyse par exemple le procès de la solidarité qui a eu lieu en Belgique en 2019-2021, où un groupe d’hébergeurs citoyens et d’exilés en quête de passage se sont retrouvés accusés d’association de malfaiteurs et de trafic d’êtres humains&nbsp;! Même si au final, tous ont été acquittés, la mise en procès pèse plus lourd que le verdict&nbsp;: le spectacle judiciaire de l’accusation vise à dissuader d’être solidaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour autant, il ne faut pas sous-estimer l’impact de la criminalisation symbolique&nbsp;: les solidaires tirent une fierté et une satisfaction éthique de leur engagement. Les accuser d’être des criminels est très violent, et vise à faire en sorte que ces personnes culpabilisent, se dé-solidarisent, bref, à briser leur élan solidaire et à les ré-assigner à une forme d’impuissance. Il y a là un enjeu de légitimité fort et mon livre est aussi un outil pour re-légitimer les personnes solidaires qui ont été disqualifiées par des discours politiques ou des dispositifs répressifs&nbsp; d’inspiration néolibérale ou néofasciste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le cas de Calais vous semble-t-il emblématique ?</strong>&nbsp;<strong>Que révèle-t-il des politiques migratoires actuelles et des formes de répression ou d’inégalités qu’elles produisent ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas de Calais concentre beaucoup de difficultés relatives aux questions migratoires. La gestion de la frontière y fait symptôme, révélant les choix politiques qui sont opérés en dépit et contre les principes du droit international, et aussi contre toute rationalité, qu’elle soit morale ou économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Récemment, la déclaration politique de Chisinau (15 mai 2026) a fourni un exemple éloquent de la volonté des Etats européens de sortir du cadre des droits de l’homme en ce qui concerne le traitement des personnes migrantes extra-européenne. La pseudo-solidarité euro-centrée se paye d’une exclusion des non Européens hors du droit. A Calais, la maire réclame depuis longtemps de sortir de la jurisprudence des droits de l’homme en ce qui concerne les personnes en migration.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les choix politiques qui y sont faits consistent à criminaliser l’aide apportée par des bénévoles, qui, il n’y a pas si longtemps, pouvaient être verbalisés s’ils distribuaient de l’eau et de la nourriture aux exilés. Il s’agit aussi de rendre impensables les solidarités entre personnes exilées&nbsp;: dès que ces personnes s’entraident, elles s’exposent à être accusées de «&nbsp;passeurs&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les autorités décident donc avec qui on a le droit d’être solidaire, à savoir des citoyens blancs, européens, et entravent les formes d’entraide qui s’exercent au-delà de cette clôture nationale et raciale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’est-ce qui se joue, au fond, derrière cette mise en cause de la solidarité ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La difficulté de la solidarité, c’est qu’elle a pour horizon l’égalité. Or, on ne peut produire de l’égalité qu’à condition d’abolir les systèmes de privilèges. On voit ainsi les puissances néolibérales défendre les privilèges des classes dominantes par la répression des solidarités populaires. Symétriquement, les partis néofascistes et leurs sympathisants prônent la restauration ou la conservation de privilèges (réels ou fantasmés), fondés sur le sang, la nationalité, voire la race redéfinie en un sens culturaliste (la «&nbsp;civilisation occidentale&nbsp;», la «&nbsp;culture française&nbsp;»…)&nbsp;? Comme en d’autres périodes de l’Histoire, on observe une convergence entre ces intérêts. C’est justement pour cela qu’il est essentiel de savoir distinguer la solidarité d’une pure collusion d’intérêts, dont les motifs comme les fins sont bien moins nobles, quand elles ne sont pas inavouables.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien réalisé par Djéhanne Gani</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sophie Djigo,&nbsp;<em>La solidarité n’est pas un</em>&nbsp;<em>crime</em>. Textuel, 2026 (176 p.)</p>



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		<title>Au tribunal, l’école face aux offensives de l’extrême droite</title>
		<link>https://parce-que.fr/au-tribunal-lecole-face-aux-offensives-de-lextreme-droite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Apr 2026 17:25:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyses, études, rapports]]></category>
		<category><![CDATA[attaque]]></category>
		<category><![CDATA[extreme droite]]></category>
		<category><![CDATA[ecole]]></category>
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					<description><![CDATA[«&#160;Ce dossier est une bande-annonce de ce qui arrivera aux libertés académiques si un jour l’extrême droite arrive au pouvoir&#160;»&#160;a déclaré l’avocat du SNES-FSU, Me Ortin.&#160;À la barre du tribunal judiciaire de Paris, la professeure de philosophie Sophie Djigo a défendu bien plus que sa personne les 30 et 31 mars. À travers sa plainte [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<strong><em>Ce dossier est une bande-annonce de ce qui arrivera aux libertés académiques si un jour l’extrême droite arrive au pouvoir&nbsp;»</em>&nbsp;a déclaré l’avocat du SNES-FSU, Me Ortin.&nbsp;</strong><strong>À la barre du tribunal judiciaire de Paris, la professeure de philosophie Sophie Djigo a défendu bien plus que sa personne les 30 et 31 mars. À travers sa plainte pour diffamation et injures publiques visant neuf personnes, c’est une certaine idée de l’enseignement et de la liberté pédagogique qui se joue. Son procès met en lumière une dynamique plus large : la montée de pressions politiques, souvent portées par l’extrême droite, sur le monde éducatif.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>D’un projet pédagogique à une polémique nationale</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’origine, il y a un projet pluridisciplinaire intitulé « Exil et frontières », destiné à initier des étudiants d’hypokhâgne à la recherche et à la confrontation des savoirs au terrain. Fin novembre 2022, tout s’emballe. En quelques heures, après une publication du collectif « Protégeons nos enfants » (Parents Vigilants), la polémique enfle. Relayée par des responsables de Reconquête, du Rassemblement national et par le site&nbsp;<em>Riposte laïque</em>, l’initiative est requalifiée en «<em>&nbsp;sortie au camp de migrants »</em>, en&nbsp;<em>«</em>&nbsp;<em>grand endoctrinement au service du grand remplacement »</em>,&nbsp;<em>«</em>&nbsp;<em>propagande&nbsp;»</em>&nbsp;voire en&nbsp;<em>« lavage de cerveau »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les 30 et 31 mars, durant près de 9 heures, le procès s’est tenu. Parmi les personnes poursuivies figurent notamment Éric Zemmour, absent à l’audience, ainsi que plusieurs responsables politiques, dont un sénateur et un député Rassemblement National, et une porte-parole de Parents Vigilants. 10 jours avant ce procès, cinq internautes qui avaient participé au cyberharcèlement ont été condamnés par le Tribunal de Paris.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une «&nbsp;imputation déshonorante&nbsp;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors du procès, Sophie Djigo a défendu la nature de son enseignement : «&nbsp;<em>La pédagogie est au cœur du métier</em>&nbsp;», avec pour objectif de «&nbsp;<em>favoriser la compréhension et l’autonomie</em>&nbsp;». En philosophie, explique-t-elle, il s’agit «&nbsp;<em>d’outiller les étudiants pour réfléchir à l’actualité</em>&nbsp;», non d’imposer des opinions. «&nbsp;<em>Faire de la philosophie politique, ce n’est pas faire de la politique</em>&nbsp;», glisse-t-elle, rappelant que son programme incluait notamment Hobbes ou Montesquieu — «&nbsp;<em>heureusement pas Marx</em>&nbsp;», ironise-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un «&nbsp;mensonge initial&nbsp;» amplifié</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Apprendre à penser par soi-même, c’est le contraire de l’endoctrinement</em>&nbsp;», rappelle l’enseignante de philosophie. Face aux juges, elle dénonce «&nbsp;<em>une accusation reposant sur un fait mensonger</em>&nbsp;» : «&nbsp;<em>Il n’a jamais été question d’emmener des élèves dans un camp de migrants.</em>&nbsp;» Ce qui relevait d’un projet académique est devenu, selon son avocat, Me Raphaël Kempf, un «&nbsp;<em>mensonge initial, repris par des leaders d’opinion</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’origine de la fuite, un ancien élève, a transmis un courriel interne à l’association «&nbsp;Protégeons nos enfants ». L’élève était arrivé en cours d’année, et donc présent à une dizaine d’heures de cours de l’enseignante. Sophie Djigo souligne également que l’une des prévenues était une collègue de son établissement. «&nbsp;<em>Les communiqués jettent l’opprobre sur moi, me représentent comme un professeur qui déshonore son métier</em>&nbsp;», insiste-t-elle, dénonçant «&nbsp;<em>une accusation reposant sur un fait mensonger</em>&nbsp;». Cette accusation et la mécanique des réseaux sociaux résonnent avec l’affaire Samuel Paty, qui a profondément marqué la profession. L’un des avocats de la partie civile l’a évoquée à deux reprises à l’audience, établissant un parallèle avec ces dynamiques de mise en cause publique d’enseignants et leur danger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une stratégie politique assumée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un contexte de politisation croissante de l’école, accusée d’être un lieu d’influence idéologique, un des avocats de la défense revendique d’ailleurs sa position « de droite » et plaide la liberté d’expression, affirmant avoir lui-même «&nbsp;<em>vécu le grand endoctrinement</em>&nbsp;» à l’école. À l’audience, les prévenus élus du RN revendiquent une lecture politique de l’affaire. «&nbsp;<em>Nous avons voulu apporter une vision politique</em>&nbsp;», affirme l’un d’eux, évoquant un communiqué comme «&nbsp;<em>l’expression d’une position politique</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les prévenus dénoncent une&nbsp;<em>« activité militante à forte connotation politique »</em>&nbsp;de l’enseignante pour la discréditer. Ils invoquent la neutralité du service public, ainsi que leur&nbsp;<em>« liberté d’opinion et d’expression »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des accusations aux conséquences réelles</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La polémique a rapidement dépassé le cadre du débat d’idées. L’enseignante évoque cyberharcèlement, menaces et protection policière à son domicile. Elle a subi «&nbsp;<em>dix jours d’ITT</em>&nbsp;», un arrêt prolongé reconnu comme accident du travail, et a dû changer de poste. «&nbsp;<em>On s’en prend à l’Éducation nationale à travers une personne</em>&nbsp;», affirme-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le SNES-FSU, partie civile, dénonce une attaque contre l’ensemble de la profession :<br>«&nbsp;<em>Les termes employés […] visent à faire pression sur les pratiques et à limiter la liberté pédagogique.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une logique d’intimidation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le sociologue Éric Fassin, entendu comme témoin, l’affaire s’inscrit dans une tendance plus large :&nbsp;«&nbsp;&nbsp;<em>Il y a une politique d’intimidation très forte contre les chercheurs et les enseignants.</em>&nbsp;» Il décrit une séquence déjà observée lors des polémiques sur la « théorie dite du genre » : rumeurs, déformations, amplification médiatique, puis mise en cause personnelle avec un objectif&nbsp;: produire un effet dissuasif. «&nbsp;<em>Qui parmi nous a envie d’avoir à faire à cette expérience ?</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Neutralité ou autonomie ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le débat s’est cristallisé autour de la notion de neutralité. «&nbsp;<em>Il ne s’agit pas de neutralité, mais d’autonomie</em>&nbsp;», insiste Éric Fassin. Les enseignants, rappelle-t-il, «&nbsp;<em>sont des citoyens comme tout le monde</em>&nbsp;» et doivent pouvoir encadrer une réflexion critique, y compris sur des sujets sensibles. Deux témoignages décrivent d’ailleurs une réalité éloignée des accusations : «&nbsp;<em>Tout le monde pouvait parler</em>&nbsp;», assure une ancienne étudiante à la barre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un climat de peur dans l’institution</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’affaire s’inscrit dans un contexte de politisation croissante de l’école, où programmes et contenus deviennent objets de suspicion. Comme pour EVARS. À l’audience, l’avocat du SNES-FSU, Me Orbin dénonce une «&nbsp;<em>guerre faite par Parents Vigilants aux contenus pédagogiques et à la liberté de enseignants&nbsp;</em>». Il poursuit :&nbsp;<em>«&nbsp;par l’intimidation d’un enseignant</em>,&nbsp;<em>ils cherchent la censure de tous</em>&nbsp;» – les «&nbsp;<em>professionnels de l’enseignement sont pris en étau par Parents Vigilants et les islamistes</em>&nbsp;». Le traumatisme de l’assassinat de Samuel Paty est encore présent, Me Orbin établit un parallèle avec&nbsp;&nbsp;<em>«&nbsp;ce qu’a fait Sefraoui&nbsp;»</em><strong><em>&nbsp;</em></strong>appelant le tribunal à protéger<em>&nbsp;«&nbsp;les enseignants individuellement comme collectivement</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, décrit une «&nbsp;<em>mécanique bien rodée</em>&nbsp;» faite de réseaux sociaux, d’amplification médiatique et de pression politique. «&nbsp;<em>Ça peut faire peur</em>&nbsp;», reconnaît-elle faisant écho à la question posée la veille par le sociologue Éric Fassin : «&nbsp;<em>Qui parmi nous a envie d’avoir à faire à cette expérience ?</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un signal attendu</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà du cas individuel, c’est un enjeu collectif qui se dessine. «&nbsp;<em>On demande beaucoup aux professeurs […] mais ils ne pourront pas tout faire seuls. Ils ont besoin d’un signal fort de la société</em>&nbsp;», insiste-t-elle. «&nbsp;<em>Nous sommes en train de devenir des cibles pour ce que nous faisons, pour ce que nous représentons</em>&nbsp;», alerte la secrétaire générale du Snes, le deuxième jour de l’audience. «&nbsp;<em>Les personnels sont au rendez-vous, mais ils ne pourront pas tout faire seuls : ils ont besoin du soutien de la société.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jugement, attendu en juin, devra dire si les propos poursuivis relèvent de la diffamation et de l’injure publique. Mais au-delà, il posera une autre question, pédagogique et politique : jusqu’où peut-on contester un enseignant sans remettre en cause la possibilité même d’enseigner — au risque d’installer la peur et l’autocensure ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Djéhanne Gani</strong></p>



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</div>



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		<item>
		<title>Quand l’extrême droite s’attaque aux engagements citoyens des élèves</title>
		<link>https://parce-que.fr/quand-lextreme-droite-sattaque-aux-engagements-citoyens-des-eleves/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2026 15:24:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mobilisations, évènements, actualités]]></category>
		<category><![CDATA[extreme droite]]></category>
		<category><![CDATA[école]]></category>
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					<description><![CDATA[Une nouvelle fois, l’école se retrouve prise pour cible de l’extrême droite. À Lagny-sur-Marne, une action de défense des droits humains, menée par une antenne jeunes d’Amnesty International dans un lycée, a déclenché une polémique portée par un sénateur du Rassemblement national et le collectif créé par le parti d’extrême-droite Reconquête,&#160;Parents Vigilants. Accusée de « [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une nouvelle fois, l’école se retrouve prise pour cible de l’extrême droite. À Lagny-sur-Marne, une action de défense des droits humains, menée par une antenne jeunes d’Amnesty International dans un lycée, a déclenché une polémique portée par un sénateur du Rassemblement national et le collectif créé par le parti d’extrême-droite Reconquête,<em>&nbsp;Parents Vigilants</em>. Accusée de « propagande militante » et d’atteinte à la laïcité sur la base de contenus qui ne leur ont pas tous été présentés, l’action des élèves ainsi que l’ONG font l’objet d’une attaque. Cet épisode, loin d’être isolé, illustre la stratégie désormais récurrente de pression et d’intimidation, par l’extrême droite, de la jeunesse et des acteurs éducatifs et associatifs.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une polémique construite sur des informations contestées</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur quoi reposent ces attaques ? Elles visent une action menée par l’antenne jeunes d’Amnesty International dans le cadre de la campagne nationale annuelle&nbsp;<strong>«&nbsp;</strong>Changez leur histoire<strong>&nbsp;»</strong>. Durant la campagne, un stand est tenu dans l’établissement présentant plusieurs situations de violations des droits humains à travers le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans une lettre adressée au ministre de l’Éducation nationale, le sénateur RN de Seine-et-Marne Aymeric Durox dénonce des interventions réalisées « sur le temps scolaire », accusant Amnesty d’inciter les élèves «&nbsp;<em>à signer et faire signer des pétitions</em>&nbsp;» ou à porter des badges «&nbsp;<em>exprimant des positions militantes</em>&nbsp;». Le collectif&nbsp;<em>Parents Vigilants</em>&nbsp;a relayé ces accusations, affirmant notamment que des badges «&nbsp;<em>pro-migrants</em>&nbsp;» auraient été distribués aux élèves du lycée Van Dongen. Sa présidente, Séverine Duminy, parle d’«&nbsp;<em>un exemple de plus d’association militante qui doit être chassée des écoles</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le parlementaire évoque également des supports liés « au port de signes religieux dans le sport ». Il estime que ces actions portent atteinte à «&nbsp;<em>l’exigence de neutralité du service public de l’éducation</em>&nbsp;: «&nbsp;<em>Cette propagande est insupportable et contrevient complètement au principe de laïcité et aux valeurs de la République&nbsp;»</em>, écrit le président du groupe RN au conseil régional d’Île-de-France.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Débunkage</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Neutralité du service public d’éducation et laïcité contredisent-ils l’engagement associatif ou citoyen&nbsp;? Selon Nicolas Cadène, haut-fonctionnaire et ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité «&nbsp;<em>le principe de laïcité impose une obligation de neutralité aux agents du service public de l’éducation, mais non aux élèves, qui sont des usagers du service public</em>.&nbsp;» L’auteur d’<em>En finir avec les idées fausses sur la laïcité</em>&nbsp;(édition de l’Atelier, 2025) poursuit&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;<em>Les élèves bénéficient de la liberté d’expression et de la liberté d’opinion dans les limites du bon fonctionnement du service public, du respect du pluralisme et de l’ordre public scolaire. Ils sont cependant soumis à un devoir de forte discrétion, telle que prévue par la loi du 15 mars 2004, qui interdit le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse&nbsp;</em>». De conclure, «&nbsp;<em>cette loi ne vise pas l’engagement associatif ou citoyen</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, des actions éducatives, culturelles, humanitaires ou citoyennes, sous l’autorité du chef d’établissement et dans le respect du règlement intérieur, peuvent être autorisées. «&nbsp;<em>Le code de l’éducation reconnaît la participation des élèves à la vie de l’établissement et à des initiatives collectives.&nbsp;Un stand tenu par des élèves, proposant des informations voire certaines pétitions, dès lors qu’il est autorisé par la direction et ne perturbe pas les enseignements, relève de ce cadre</em>&nbsp;» précise Nicolas Cadène, interrogé par le Café pédagogique. La liberté d’expression des élèves est ainsi encadrée, quant à la neutralité du service public, elle s’impose aux agents, non aux élèves.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Confusion, idées fausses, informations erronées : un cocktail explosif</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors «&nbsp;propagande&nbsp;»&nbsp;? Qu’en dit le juriste expert des questions de laïcité&nbsp;? «&nbsp;<em>En droit, la propagande supposerait une action institutionnelle, unilatérale et contraignante. Ce n’est visiblement pas le cas ici. Un stand facultatif, tenu par des élèves, sans caractère obligatoire, sans pression et sans substitution à un enseignement, ne peut juridiquement être qualifié d’endoctrinement. Il s’agit d’une expression d’opinions dans le cadre de la vie scolaire, protégée par la liberté d’expression des élèves&nbsp;</em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, selon Amnesty, les situations évoquées – génocide à Gaza, accueil des migrants, droit des femmes musulmanes à porter des couvre chefs sportifs au sein de leurs clubs sportifs lors des compétitions -n’auraient pas fait l’objet de pétitions sur le stand tenu par les élèves de l’Antenne Jeunes. Les photographies diffusées sur les réseaux sociaux pour appuyer les accusations ne correspondent pas à l’événement incriminé : elles proviennent d’anciennes campagnes d’Amnesty. «&nbsp;<em>Il n’y avait pas la pétition en question sur le stand</em>&nbsp;», précise l’ONG. Si des badges ont été distribués&nbsp;; il s’agissait certainement du stock des campagnes précédentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les antennes jeunes d’Amnesty : un engagement encadré et reconnu</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’intervention s’inscrit dans le cadre des&nbsp;antennes jeunes d’Amnesty International, au nombre de&nbsp;205 en France. Ces groupes, animés par des lycéen·nes et étudiant·es bénévoles, mènent des actions de sensibilisation et de mobilisation autour des campagnes de l’ONG, dont&nbsp;<em>Changez leur&nbsp;</em>histoire, avec le soutien d’un groupe local parrain. «&nbsp;<em>Les jeunes portent nos combats. Amnesty est une association de mobilisation et d’éducation aux droits humains et aux libertés fondamentales »</em>, rappelle Sophie Fadiga, directrice du pôle Engagement et éducation aux droits humains de l’ONG.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Amnesty International dispose d’un&nbsp;agrément officiel de l’Éducation nationale, qui lui permet aussi d’intervenir dans les établissements scolaires. Elle souligne que ces interventions ont un objectif pédagogique : «&nbsp;<em>Nos ateliers durent deux à trois heures et visent à déconstruire les idées reçues, dans un cadre strictement éducatif. Cela fait des décennies que nous intervenons dans les établissements scolaires</em>. »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une stratégie d’intimidation déjà documentée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de&nbsp;montée de discours anti-droits&nbsp;et de remise en cause de l’éducation aux valeurs démocratiques. «&nbsp;<em>Il y a beaucoup de confusions, notamment sur la laïcité et le foulard&nbsp;</em>», alerte Sophie Fadiga, qui évoque un possible durcissement en cas d’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En novembre 2023, plusieurs syndicats de l’éducation (UNSA, FSU, SUD, CGT, SGEN-CFDT) avaient déjà alerté le ministre sur les méthodes du collectif&nbsp;<em>Parents Vigilants</em>, dénonçant des pratiques assimilables à de la surveillance idéologique, du harcèlement et des campagnes de dénigrement visant enseignants et associations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mode opératoire est désormais bien identifié : dénonciation publique sur les réseaux sociaux par une personnalité politique, relais par des collectifs militants, puis pression sur les établissements scolaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Criminaliser l’engagement des jeunes ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les membres des antennes jeunes d’Amnesty décrivent leur action comme un espace d’autonomie, de débat et de réflexion collective : «&nbsp;<em>Nous sommes des lycéens et lycéennes de tous âges et de toutes filières. Notre point commun est la volonté d’agir pour que les droits humains soient respectés dans le monde. Nous nous réunissons une fois par mois, prenons des décisions ensemble, dans le respect de la diversité de nos opinions, tout en partageant les idéaux d’Amnesty</em>. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’engager, un crime ou un droit ? «&nbsp;<em>L’invocation de la laïcité pour interdire toute initiative citoyenne d’élèves n’est pas sérieuse et repose sur une confusion entre la neutralité du service public, qui s’impose aux agents et la liberté d’expression (néanmoins encadré) des usagers. La laïcité n’a pas pour objet de censurer les opinions des élèves, mais de garantir que l’institution scolaire demeure neutre. En l’absence de prosélytisme religieux, de pression ou de trouble au fonctionnement de l’établissement, il n’existe aucun fondement juridique permettant d’interdire ce type d’initiative&nbsp;</em>»&nbsp; répond le juriste Nicolas Cadène.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A quel renversement de valeurs assiste-t-on pour qu’au lieu de se réjouir de voir des jeunes s’engager, mener une réflexion critique, défendre des doits humains, en somme mettre en pratique l’éducation morale et civique, on trouve là matière à soupçon et danger ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Djéhanne Gani</strong></p>



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<div class="wp-block-button"><a class="wp-block-button__link wp-element-button">Article publié dans Le Café pédagogique, le 12 janvier 2026</a></div>
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