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	<title>école publique &#8211; Parce que !</title>
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	<description>Le blog de Djéhanne Gani</description>
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	<title>école publique &#8211; Parce que !</title>
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		<title>À Paris et dans les métropoles : bientôt plus d’enfants scolarisés dans les écoles privées que publiques ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Apr 2026 17:34:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analyses, études]]></category>
		<category><![CDATA[Julien Grenet]]></category>
		<category><![CDATA[IPP]]></category>
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					<description><![CDATA[À l’approche des municipales,&#160;une note du pôle éducation de l’Institut des politiques publiques&#160;(IPP)&#160;alerte : sans correction rapide, près d’un élève de 6ᵉ&#160;sur deux pourrait être scolarisé dans le privé d’ici 2035 dans la capitale. Sur fond de déclin démographique, la dynamique accentue le risque de ségrégation scolaire et place la question éducative au cœur de [&#8230;]]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>À l’approche des municipales,&nbsp;</strong><a href="https://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2026/03/Note-124-IPP-projections-demo-Paris-public-prive.pdf"><strong>une note du pôle éducation de l’Institut des politiques publiques&nbsp;(IPP)</strong></a><strong>&nbsp;alerte : sans correction rapide, près d’un élève de 6</strong><strong>ᵉ</strong><strong>&nbsp;sur deux pourrait être scolarisé dans le privé d’ici 2035 dans la capitale. Sur fond de déclin démographique, la dynamique accentue le risque de ségrégation scolaire et place la question éducative au cœur de l’agenda politique.&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une dynamique nationale, un basculement accentué à Paris</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La tendance est observée à l’échelle nationale, mais elle prend à Paris une ampleur singulière. Dans une note publiée le 3 mars 2026, l’IPP estime que, sans inflexion, la part des élèves de 6ᵉ inscrits dans le privé pourrait atteindre 50 % à l’horizon 2035 dans la capitale. Le cas parisien met en lumière les effets de la défiance envers le service public et de la ségrégation sociale entre enseignement privé et public dans les grandes villes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’étude, menée par les chercheurs Pauline Charousset et Julien Grenet fondée sur des données de l’Insee&nbsp;et de l’Éducation nationale, met en évidence un déséquilibre croissant entre public et privé sous l’effet de la baisse de la natalité engagée depuis 2010. Selon leurs analyses, sans inflexion politique majeure, le privé pourrait devenir majoritaire à Paris au cours de la prochaine décennie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le public absorbe la chute démographique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À Paris, les naissances ont reculé de 32 % entre 2010 et 2024, passant de 31 440 à 21 484 avec un effet mécanique sur les effectifs scolaires. Les classes de CP ont commencé à diminuer six ans après le début du recul des naissances, enregistrant une baisse de 19 % entre 2016 et 2024. Puis les effectifs de 6ᵉ ont amorcé leur repli cinq ans plus tard, chutant de 10 % entre 2020 et 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette baisse ne touche pas les secteurs privé et public de la même manière : dans le privé, les effectifs n’ont reculé que de 3,8 % en CP entre 2016 et 2024 et de 1,4 % en 6ᵉ entre 2020 et 2024 alors que dans le public, la baisse atteint respectivement 24,4 % et 14,4 %. Le public absorbe l’essentiel de la diminution démographique, ce qui accroît le poids du privé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vers 50 % d’élèves de 6</strong><strong>ᵉ</strong><strong>&nbsp;dans le privé en 2035</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La part du privé progresse ainsi régulièrement avec 27,5 % des élèves de CP en 2024 (contre 23 % en 2016) et 38,7 % des élèves de 6ᵉ en 2024 (contre 35,4 % en 2020).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si la tendance se maintient, elle pourrait atteindre 33,6 % en CP en 2030 et 49,4 % en 6ᵉ en 2035. Cette évolution «&nbsp;<em>accentuer[ait] une polarisation sociale déjà très forte</em>&nbsp;», prévient l’IPP. En 2024, 55 % des élèves de 6ᵉ issus de milieux très favorisés étaient scolarisés dans le privé. Cette proportion pourrait atteindre à 72 % en 2035, contre seulement 7 % pour les élèves défavorisés.</p>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://www.cafepedagogique.net/wp-content/uploads/2026/03/prive-public.png" alt=""/></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Public–privé : un contraste social de plus en plus marqué</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Paris se distingue par une concurrence particulièrement forte de l’enseignement privé. Aujourd’hui, 26 % des élèves parisiens sont scolarisés dans le privé sous contrat, contre 17 % à l’échelle nationale. Cette part atteint 37 % au collège et 40 % au lycée, avec une progression continue dès le primaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’entrée en 6ᵉ en 2024, le contraste entre les deux secteurs est saisissant. Dans le privé sous contrat parisien, près de trois élèves sur quatre sont issus de milieux très favorisés, tandis que les élèves défavorisés n’y représentent que 3 %. À l’inverse, dans le public, la composition sociale est bien plus mixte : 41 % d’élèves très favorisés et 24 % d’élèves défavorisés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette divergence pourrait encore s’accentuer. Selon les projections de l’Institut des politiques publiques, le privé parisien compterait en 2035 jusqu’à 88 % d’élèves très favorisés, avec une&nbsp;présence quasi résiduelle d’élèves défavorisés (2 %). Le public, lui, verrait ses effectifs se répartir de manière beaucoup plus équilibrée, autour de 33 % d’élèves très favorisés et 28 % d’élèves défavorisés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux systèmes coexisteraient alors au sein d’une même ville : l’un socialement homogène et très favorisé, l’autre concentrant les fragilités sociales et scolaires.</p>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://www.cafepedagogique.net/wp-content/uploads/2026/03/villes.png" alt=""/></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un enjeu central des politiques publiques…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’approche du scrutin municipal, le statu quo apparaît donc risqué. La question n’est plus seulement démographique mais elle devient sociale et politique. La FCPE Paris tire la sonnette d’alarme sur la situation parisienne,&nbsp;<a href="https://www.cafepedagogique.net/2026/01/23/a-paris-lecole-publique-au-coeur-du-debat-municipal/">elle a interrogé les candidats</a>&nbsp;à la Mairie lors des grands entretiens organisés en janvier dernier. Son président Martin Raffet dénonçait déjà en 2024&nbsp;<a href="https://www.cafepedagogique.net/2024/11/25/largent-public-doit-servir-linteret-general-pas-nourrir-une-ecole-a-deux-vitesses/">«&nbsp;<em>u</em><em>ne réalité à Paris : un « marché scolaire concurrentiel » où les établissements privés, notamment les lycées les plus renommés, profitent d’un déséquilibre financier qui pénalise l’école publique&nbsp;»</em></a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chercheurs de l’IPP soulignent que Paris n’est pas une exception. À l’échelle des dix-neuf plus grandes villes françaises, la progression du privé sous contrat devrait se confirmer dans les prochaines années. Selon leurs projections, la part des élèves scolarisés en CP dans le privé passerait de 19,8 % en 2024 à 22,3 % en 2030. En 6ᵉ, la hausse serait plus marquée encore, de 36,3 % en 2024 à 40,5 % en 2035.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le même temps, les inégalités d’accès au privé selon l’origine sociale continueraient de s’accentuer au cours de la décennie à venir. Et, à la différence de Paris, nombre de grandes villes connaissaient déjà une dynamique de ségrégation sociale avant même l’amorce du recul démographique, ce qui pourrait amplifier encore le phénomène.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>… absent des débats&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans ajustement des politiques éducatives locales – carte scolaire, attractivité du public mais aussi régulation du privé – Paris pourrait voir s’installer durablement une fracture scolaire plus marquée encore. Dans le contexte de la campagne municipale, le sujet de la ségrégation sociale dans l’école est un enjeu fort pour l’avenir de l’école et du pays… mais force est de constater que ce n’est pas le sujet le plus présent, à Paris comme ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Djéhanne Gani</strong></p>



<div class="wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex">
<div class="wp-block-button"><a class="wp-block-button__link wp-element-button">Article publié dans Le Café pédagogique le 5/03/2026 </a></div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Pierre Merle : « Sur la question de l’enseignement privé, il existe clairement des politiques de gauche et de droite »</title>
		<link>https://parce-que.fr/pierre-merle-sur-la-question-de-lenseignement-prive-il-existe-clairement-des-politiques-de-gauche-et-de-droite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 18:42:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[pierre merle]]></category>
		<category><![CDATA[école privée]]></category>
		<category><![CDATA[école publique]]></category>
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					<description><![CDATA[«&#160;La concurrence public-privé est une constance du système éducatif français&#160;»&#160;affirme Pierre Merle. Le sociologue est l’auteur de&#160;L’enseignement privé&#160;publié aux éditions La Découverte en 2025 dans lequel il pointe notamment l’embourgeoisement du privé, les stratégies d’évitement de l’école publique, les réseaux organisés comme des choix politiques qui façonnent un système scolaire inégalitaire et séparatiste. Alors que [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«&nbsp;La concurrence public-privé est une constance du système éducatif français&nbsp;»</em>&nbsp;affirme Pierre Merle. Le sociologue est l’auteur de&nbsp;<em>L’enseignement privé&nbsp;</em>publié aux éditions La Découverte en 2025 dans lequel il pointe notamment l’embourgeoisement du privé, les stratégies d’évitement de l’école publique, les réseaux organisés comme des choix politiques qui façonnent un système scolaire inégalitaire et séparatiste.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alors que près d’un élève sur cinq est aujourd’hui scolarisé dans l’enseignement privé sous contrat, la question de la place du privé dans le paysage éducatif français continue de susciter le débat. La concurrence de l’enseignement privé, subventionné à 75% par l’argent public, soulève des enjeux de financement, de mixité sociale, mais aussi de rapport à l’école publique.&nbsp;<em>«&nbsp;Cette situation est unique en Europe&nbsp;»</em>rappelle le professeur de sociologie.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des politiques de droite favorisent le privé déclare Pierre Merle, notant que ce&nbsp;<em>« clivage politique gauche/droite dans le domaine des politiques éducatives n’est pas retrouvé au niveau des électeurs »</em>.&nbsp;</strong><strong>Cet entretien revient sur les enjeux majeurs de l’enseignement privé.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans votre ouvrage&nbsp;<em>L’enseignement privé</em>&nbsp;qui vient d’être publié, vous revenez sur l’histoire de l’enseignement privé. La concurrence entre privé et public est-elle une histoire ancienne ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La Révolution de 1789 consacre la naissance d’un enseignement public dont le projet central n’est pas d’éduquer les « enfants de Dieu » selon les principes de la religion catholique (cf. mon chapitre sur l’histoire du privé) mais de former les futurs citoyens. Dès son institutionnalisation, l’enseignement public a donc un projet concurrent à celui du privé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Napoléon a poursuivi l’œuvre révolutionnaire en créant une organisation de l’enseignement public contrôlant la liberté du privé. Dès 1815, avec la Restauration, la création des écoles privées est largement favorisée. Le Second Empire est également favorable au privé. La loi Falloux (1850) autorise même, avec une certaine limite, le financement public des établissements secondaires privés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la fin du XIX<sup>e</sup>&nbsp;siècle, le privé scolarise la majorité des enfants de l’aristocratie et de la bourgeoisie. Les établissements publics scolarisent davantage les enfants des catégories populaires et ceux des personnels publics. À l’époque, les inspecteurs d’académie déplorent déjà la concurrence des lycées privés. La concurrence public-privé est une constance du système éducatif français.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Peut-on résumer cette concurrence à un rapport de force politique entre la gauche et la droite soutenu ou porté par des lobbys catholiques ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Du XIX<sup>e</sup>&nbsp;au XXI<sup>e</sup>&nbsp;siècle, la quasi-totalité des réformes et politiques favorables à l’enseignement privé (et elles sont nombreuses) ont été prises par des gouvernements de droite. Les quinquennats de Sarkozy et Macron sont ainsi marqués par de fortes réductions du nombre d’enseignants du public, respectivement des baisses de 36&nbsp;900 et 17&nbsp;700. À l’inverse, sous le quinquennat de Hollande, le nombre d’enseignants publics a augmenté de 60&nbsp;100. Sur la question de l’enseignement privé, il existe clairement des politiques de gauche et de droite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, ce clivage politique gauche/droite dans le domaine des politiques éducatives n’est pas retrouvé au niveau des électeurs. Ceux qui votent à droite scolarisent leurs enfants dans les établissements publics si ceux-ci leur conviennent, et ceux qui votent à gauche sont susceptibles, dans des situations particulières, de recourir à l’enseignement privé. D’ailleurs, le projet mitterrandien d’un&nbsp;grand «&nbsp;service public, unifié et laïque de l’éducation nationale&nbsp;» suscitait l’opposition de 88 % des électeurs, y compris ceux de la gauche. Au-delà des principes et préférences politiques, les parents souhaitent pouvoir choisir l’établissement auquel confier leur enfant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quels sont les facteurs de baisse et de hausse de la part des élèves scolarisés dans le privé au cours de l’histoire ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La gratuité de l’enseignement primaire décidée par Ferry en 1881 a favorisé la croissance du primaire public.&nbsp; Il en est de même de la gratuité de l’enseignement secondaire public décidée par Daladier lors des gouvernements du Cartel des gauches. Ces deux lois ont contribué progressivement au déclin relatif du privé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le régime de Vichy a considérablement aidé les établissements privés. D’une part, la suppression de l’enseignement secondaire public gratuit a rétabli la concurrence avec le privé. D’autre part, en contradiction avec la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’État, le privé a bénéficié de subventions «&nbsp;exceptionnelles&nbsp;» renouvelées chaque année.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A la Libération, après le rétablissement de la gratuité du secondaire public, le déclin du privé se poursuit de façon relative. Dès le début des années 1950, toutes les forces politiques du privé se sont mobilisées pour obtenir un financement public pérenne avec notamment des mouvements de «&nbsp;grèves de l’impôt&nbsp;»&nbsp;et des actions de lobbyings. Résultat d’un rapport de force sociale et politique, la loi Debré de 1959 constitue un tournant historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La loi Debré de 1959 a profondément transformé les relations entre l’État et l’enseignement privé sous contrat. Quel en a été l’impact structurel sur le paysage scolaire français ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour une grande part, la loi Debré a rétabli la concurrence qui existait avant les lois instituant la gratuité du primaire et du secondaire publics. Progressivement, l’enseignement privé catholique sous contrat, qui scolarise actuellement 96 % des élèves sous contrat, a transformé son recrutement social. Les formations professionnelles, importantes au début des années 1960, ont été réduites. Les formations en lycée, qui scolarisent davantage les enfants des catégories aisées, déjà importantes en 1960, ont été renforcées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que les établissements catholiques soient censés contribuer au service public d’éducation, ils ne respectent pas toujours, en invoquant leur « caractère propre », les règles fondamentales d’un service public. Pour cette raison, la concurrence entre le public et privé est faussée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous évoquez que&nbsp;<em>« la prise en compte&nbsp; du caractère propre de l’enseignement catholique fait toutefois l’objet de dérives »</em>, qu’<em>« une définition extensive du caractère propre aboutit à ne pas faire respecter les principes d’un service public d’enseignement »</em>. Pouvez-vous expliquer ce point ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La rédaction de l’article 1 de la loi Debré est problématique&nbsp;: « Dans les établissements privés qui ont passé un des contrats prévus ci-dessous, l’enseignement placé sous le régime du contrat est soumis au contrôle de l’État. L’établissement, tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement dans le respect total de la liberté de conscience. Tous les enfants sans distinction d’origine, d’opinions ou de croyance, y ont accès. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce caractère propre n’est pas défini dans la loi et fait l’objet d’une interprétation extensive par l’enseignement catholique. Chaque établissement définit un projet pédagogique et, au nom de celui-ci, n’inscrit pas ou ne réinscrit pas les élèves jugés indisciplinés ou dont les résultats scolaires sont insuffisants. L’enseignement privé refuse aussi de participer à la procédure d’affectation Affelnet, politique éducative nationale au service de la mixité sociale. En France, quelle autre organisation que l’enseignement privé sous contrat, contribuant au service public et largement financée par l’État, peut-elle choisir ses usagers&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">De surcroît, en invoquant son caractère propre, l’enseignement sous contrat tend à ne pas respecter la liberté de conscience des élèves. Les exemples sont nombreux. La volonté actuellement affichée de développer la prière en classe indique le projet d’interpréter de façon encore plus extensive la notion de caractère propre. Finalement, les établissements privés sous contrat bénéficient d’un large financement public et les contreparties sont limitées. Cette situation est unique en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>PARTIE 2</strong>: <strong>Pierre Merle : « La responsabilité des politiques publiques est centrale dans l’embourgeoisement du privé »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« La création de postes d’enseignants dans le privé (+4500 sous le premier quinquennat Macron) a ainsi largement favorisé l’embourgeoisement du privé. Toutes les analyses statistiques que j’ai réalisées et qui sont présentées dans l’ouvrage sont aussi éclairantes qu’absentes du débat public. À titre d’exemple, en 2022, des 10 % des collèges publics et privés les plus populaires, moins de 0,5% sont désormais privés… » dénonce le sociologue Pierre Merle. Dans&nbsp;<a href="https://www.cafepedagogique.net/2025/12/01/pierre-merle-sur-la-question-de-lenseignement-prive-il-existe-clairement-des-politiques-de-gauche-et-de-droite/">la première partie de l’entretien</a>, Pierre Merle évoquait les politiques de droite en faveur du privé et son embourgeoisement.&nbsp;</strong><em>Article modifié le 3 décembre 2025</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La sociologie des élèves du privé montre un embourgeoisement net du secteur. Quelles responsabilités peut-on attribuer aux politiques publiques dans cette évolution ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La responsabilité des politiques publiques est centrale dans l’embourgeoisement du privé en autorisant l’ouverture de nouvelles classes dans des établissements dont le recrutement est déjà aisé et, aussi, en autorisant la fermeture de classes ou d’établissements au recrutement populaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De nouveau la loi Debré n’est pas respectée puisque les ouvertures et fermetures de classes ou d’établissements devraient être fonction des «&nbsp;besoins éducatifs&nbsp;». Or, dans la gestion des établissements privés, les ministres de l’Education ont tendance à accepter les demandes de l’enseignement privé, sans étude spécifique des « besoins éducatifs ». Le rapport de la Cour des Comptes de 2023 est édifiant sur cette question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La création de postes d’enseignants dans le privé (+4500 sous le premier quinquennat Macron) a ainsi largement favorisé l’embourgeoisement du privé. Toutes les analyses statistiques que j’ai réalisées et qui sont présentées dans l’ouvrage sont aussi éclairantes qu’absentes du débat public. À titre d’exemple, en 2022, des 10 % des collèges publics et privés les plus populaires, moins de 0,5% sont désormais privés…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le développement du hors contrat attire l’attention. Que dit cette tendance sur les attentes des parents vis-à-vis de l’école ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les établissements hors contrat scolarisent actuellement 4 % des élèves du privé. Leur développement a de multiples origines. D’abord, dans les petites communes, après l’instauration de la scolarité obligatoire à trois ans, en l’absence d’école maternelle publique ou privée, des parents se sont parfois organisés pour créer une école scolarisant leurs enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, il existe une demande parentale de pédagogie alternative, notamment Montessori, liée à une conception d’une éducation moins contraignante pour des enfants encore très jeunes. Ce mouvement est susceptible de s’expliquer par des programmes scolaires de petite section de maternelle trop centrés sur les «&nbsp;fondamentaux&nbsp;» au détriment d’activités plus créatives et ludiques nécessaires au développement cognitif des enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, une partie des établissements privés hors contrat sont constitués par des mouvements catholiques traditionalistes. Il en est notamment ainsi de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, dont la mission cardinale est de prodiguer une « éducation totalement chrétienne ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les rapports d’inspection du CNAL que j’ai pu analyser montrent que ces établissements se caractérisent le plus souvent par des manquements relatifs notamment au domaine 3 du socle commun (Formation de la personne et du citoyen). À titre d’exemple, les filles sont parfois exclues des groupes de responsabilités&nbsp;; les délégués de classe ne sont pas élus mais choisis par les professeurs&nbsp;; l’enseignement à la vie affective, relationnelle et sexuelle est supprimé, etc. D’autres enseignements font défaut ou sont réduits tels que l’éducation aux médias et au numérique, l’expérimentation scientifique… Les représentations du monde se caractérisent parfois par des biais idéologiques marqués («&nbsp;Pétain a sauvé la France (…). Les ingrats ont fui en Angleterre&nbsp;»).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les contrôles de ces établissements privés hors contrat sont insuffisants et, de surcroît, sont rarement suivis de mise en demeure et de fermeture. Le plus contestable, pour ne pas dire inacceptable, est que,&nbsp;<em>via&nbsp;</em>des fondations ou des dons défiscalisés, l’État finance indirectement ce type d’établissements qui, comme les établissements privés catholiques, sont des concurrents de l’enseignement public.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Propos recueillis par Djéhanne Gani</strong></p>



<div class="wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex">
<div class="wp-block-button"><a class="wp-block-button__link wp-element-button">Entretien publié dans Le Café pédagogique, les 1 et 2 décembre 2025.</a></div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em><br></em></strong>Pierre Merle: <em>L’enseignement privé </em>publié aux éditions La Découverte – Août 2025</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Quand la France aura-t-elle enfin un ministre de l’Éducation nationale qui aime l’école… publique ?</title>
		<link>https://parce-que.fr/quand-la-france-aura-t-elle-enfin-un-ministre-de-leducation-nationale-qui-aime-lecole-publique-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 15:02:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Billets, éditos]]></category>
		<category><![CDATA[mixité]]></category>
		<category><![CDATA[école privée]]></category>
		<category><![CDATA[école publique]]></category>
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					<description><![CDATA[Aimer l’école … publique.&#160;La question, volontairement provocatrice, ne relève pas de la simple rhétorique. Elle traduit un malaise profond, une fracture entre les discours officiels et les pratiques de celles et ceux qui représentent la République. Le ministre actuel Edouard Geffray a affirmé lors&#160;d’une émission sur BFM TV&#160;avoir des enfants dans le public comme le [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aimer l’école … publique.&nbsp;</strong><strong>La question, volontairement provocatrice, ne relève pas de la simple rhétorique. Elle traduit un malaise profond, une fracture entre les discours officiels et les pratiques de celles et ceux qui représentent la République. Le ministre actuel Edouard Geffray a affirmé lors&nbsp;<a href="https://www.youtube.com/watch?v=dZ0lH4vTTW0" target="_blank" rel="noreferrer noopener">d’une émission sur BFM TV</a>&nbsp;avoir des enfants dans le public comme le privé.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La récente polémique autour d’Amélie Oudéa-Castéra, accusée de propos mensongers pour avoir justifié le choix d’un établissement privé pour son fils par des « heures non remplacées » à l’école publique, a ravivé un vieux débat : celui du rapport, ambigu et souvent méprisant, de nos élites à l’école publique. En choisissant Stanislas, établissement privé catholique, élitiste, où les élèves proviennent des milieux les plus favorisés, l’ancienne ministre avait fait un choix politique. C’est aussi le choix du séparatisme social et scolaire, de l’entre-soi, la sélection, l’homophobie et le sexisme, contraires aux valeurs d’égalité et de fraternité que porte le service public d’éducation.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Les enseignements sont par nature les mêmes et doivent être les mêmes. Les règles y sont les mêmes</em>. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Edouard Geffray, ministre,&nbsp; à propos de l’enseignement privé sous contrat</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le privé sous contrat : liberté pour quelques-uns, inégalités pour tous</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministre Edouard Geffray évoque « la liberté » pour justifier le recours au privé pour ses propres enfants. Mais au nom de la liberté de quelques-uns, l’égalité et la fraternité sont mises à rude épreuve. Et rappelons que cette « liberté de choix » est co-financée par tous puisque l’enseignement – privé sous contrat – ou subventionné est financé à près de 75 % par de l’argent public, sans obligation de carte scolaire, ni exigence de mixité sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres le confirment : les établissements privés accueillent deux fois plus d’élèves très favorisés que le public, et deux fois moins d’élèves défavorisés. Cette mise en concurrence organisée nourrit le séparatisme socio-scolaire et fragilise l’école publique. L’enjeu est social et politique : dans un contexte de creusement des inégalités, l’école devient de plus en plus ségréguée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«&nbsp;Les règles y sont les mêmes&nbsp;», vraiment ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Interpellé, le ministre le ministre actuel,&nbsp;Edouard Geffray, a tenté de désamorcer la polémique : «&nbsp;<em>Si je n’avais pas confiance dans l’école publique, je ne lui aurais pas dédié un tiers de ma vie professionnelle, et je ne serais pas ministre aujourd’hui. Très clairement. Le reste, cela relève de configurations purement personnelles</em>. » Il précise&nbsp;: «&nbsp;<em>Les enseignements sont par nature les mêmes et doivent être les mêmes. Les règles y sont les mêmes</em>. » En théorie, oui, mais les établissements étaient aussi peu contrôlés, comme le révèlent des scandales, Bétharram, Stanislas et tant d’autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-on parler de « configuration personnelle » quand elle se répète et comment croire à cette équivalence quand les trajectoires scolaires de ceux qui gouvernent illustrent toutes la même sociologie ? L’écrasante majorité des huit ministres de l’Éducation sous la Macronie, ont été formés dans l’enseignement privé, tout comme le président lui-même et le Premier ministre actuel. C’est une élite qui se reproduit dans les mêmes établissements privés sous contrat ou publics élitistes et favorisés, les mêmes cercles, les mêmes prépas ou grandes écoles : un entre-soi comme fabrique d’ascension sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aimer l’école publique, c’est aimer la démocratie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les services publics, et donc l’école publique, sont la priorité qui rassemble les Françaises et les Français. Affaiblir l’école publique, c’est affaiblir les liens sociaux, la confiance dans l’institution, le sentiment d’appartenance collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministre l’a dit lui-même, sur France Inter, quelques jours avant la polémique : «&nbsp;<em>La situation de l’école est extrêmement inquiétante. Les inégalités scolaires, adossées aux inégalités sociales, menacent la santé psychique et physique des élèves.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, de quelle école parle-t-on ? De celle que l’on chérit en discours, ou de celle qu’on abandonne en actes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que faire ? Aimer l’école publique et la protéger. Non pas dans les mots, mais dans les actes. Parce qu’une éducation commune, ouverte à l’altérité,&nbsp;fait nation. Parce qu’elle seule peut faire vivre, réellement, la devise républicaine :&nbsp;Liberté, Égalité, Fraternité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aimer l’école publique, c’est refuser qu’elle devienne «&nbsp;l’école des pauvres&nbsp;» et c’est rappeler qu’il n’y a pas de République forte sans école publique forte. Parce qu’une éducation commune, ouverte à l’autre,&nbsp;éduque à la démocratie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et qu’un ministre de l’Éducation nationale devrait être, avant tout, le ministre de l’école publique – pas seulement celui qui la « gère », mais celui qui la défend et l’aime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rêvons d’un ou d’une ministre qui aime l’école publique, car l’aimer, c’est aussi aimer la démocratie. Car la mixité sociale et scolaire&nbsp;n’est pas un luxe, mais une condition de la démocratie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Djéhanne Gani</strong></p>



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