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	<title>Littérature et politique &#8211; Parce que !</title>
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	<description>Le blog de Djéhanne Gani</description>
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	<title>Littérature et politique &#8211; Parce que !</title>
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		<title>Kaouther Adimi, Au vent mauvais</title>
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		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Aug 2024 11:45:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature et politique]]></category>
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					<description><![CDATA[Magnique roman sur le pouvoir des mots, de la littérature pour dire les silences qui habitent et hantent l&#8217;histoire franco-algérienne.]]></description>
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<p>Magnique roman sur le pouvoir des mots, de la littérature pour dire les silences qui habitent et hantent l&rsquo;histoire franco-algérienne.</p>



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		<title>Hermann Broch, Théorie de la folie des masses : pour une pensée pratique et politique</title>
		<link>https://parce-que.fr/hermann-broch-theorie-de-la-folie-des-masses-pour-une-pensee-pratique-et-politique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jan 2024 08:13:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature et politique]]></category>
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					<description><![CDATA[«&#160;L’homme philosophique veut toujours “convertir” car il se sent en possession d’une vérité profonde.&#160;» (Hermann Broch, Autobiographie psychique, Paris, L’Arche, 2001, p. 45). Hermann Broch quitte Vienne en 1938 pour les États-Unis où il meurt en 1951 d’épuisement moral et physique, après avoir consacré près de 15 ans à vouloir comprendre et théoriser la folie [&#8230;]]]></description>
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<p>«&nbsp;L’homme philosophique veut toujours “convertir” car il se sent en possession d’une vérité profonde.&nbsp;»</p>



<p>(Hermann Broch, <em>Autobiographie psychique</em>, Paris, L’Arche, 2001, p. 45).</p>



<p>Hermann Broch quitte Vienne en 1938 pour les États-Unis où il meurt en 1951 d’épuisement moral et physique, après avoir consacré près de 15 ans à vouloir comprendre et théoriser la folie collective dont il a fait l’expérience avec la montée du nazisme. L’exil sans retour du penseur viennois (d’origine juive) est placé sous le signe de ce projet colossal :<em>La Théorie de la folie des masses</em><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn1">1</a> traduite par Pierre Rusch<a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn2">2</a> et Didier Renault, publiée aux éditions de l’Éclat en octobre 2008, soit cinquante ans après la mort de l’auteur et vingt ans après la parution en allemand, vient compléter une réception et donc une transmission de l’œuvre de Broch jusqu’alors lacunaires en France. En effet, seuls les romans<a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn3">3</a> de Broch ont fait l’objet d’une traduction exhaustive en français, contrairement à sa correspondance<a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn4">4</a> et ses essais<a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn5">5</a>, dont seule une partie est actuellement disponible.</p>



<p>La réflexion de Broch sur les masses s’inscrit dans une constellation et un jeu d’influences, puisqu’il a été lecteur des écrits de Gustave Le Bon, Sigmund Freud, Ortega Y Gasset, Wilhelm Reich ou encore Georg Simmel, même s’ils ne sont pas cités dans son essai. Il a eu des échanges avec Hadley Cantril, il connaissait Siegfried Kracauer et Elias Canetti<a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn6">6</a>. Pour autant, Broch est, sans conteste, resté dans l’ombre.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocfrom1n1">Genèse et structure du volume</a></p>



<p>En 1939, Broch rédige une « Proposition pour la fondation d’un institut de recherches sur la psychologie politique et pour l’étude des phénomènes de folie collective. » Dans le volume (qui suit l’édition allemande), cette proposition, antérieure à la rédaction de l’essai de Broch, ainsi que le « Projet pour une théorie des phénomènes de folie collective (1941), introduisent sa <em>Théorie de la folie des masses</em> et en présentent les thèses (respectivement, p. 13-42 et p. 43-64). Ils soulignent la cohérence du projet et résument la pensée de Broch, mais ils participent également à la redondance et à la répétition de certains motifs développés ailleurs. En effet, la<em> Théorie de la folie des masses</em> a été publiée à titre posthume, et Broch n’en a pas rédigé de version définitive ; l’essai est inachevé et le texte publié ne correspond pas à l’aboutissement du projet.</p>



<p>Dans cet essai, composé de trois parties, Broch part d’une définition anthropologique de « la zone crépusculaire » (I) pour analyser les mécanismes psychologiques d’adhésion à ce qu’il nomme la « masse » (II) avant d’aborder la question politique de la démocratie et sa « tâche » de conversion (III).</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocfrom1n2">Théorie de la folie des masses, le projet d’une vie</a></p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocfrom2n1">Une pensée entre discours théorique et discours littéraire</a></p>



<p>S’opposant à la fragmentation, au morcellement du savoir, l’œuvre de Broch est décloisonnée et s’inscrit dans un dialogue des savoirs de différents champs disciplinaires (anthropologie, sociologie, littérature, philosophie, économie, histoire, psychologie) comme il le répète dans son essai.</p>



<p>De manière révélatrice, Broch reprend dans la<em> Théorie de la folie des masses</em>des motifs qui sont d’abord apparus sous forme romanesque. Les recherches de Broch sur la folie des masses commencent en effet avant l’exil et la rédaction de l’essai <em>La </em><em>Théorie de la folie des masses</em>, entre 1939 et 1948, comme l’annoncent les objectifs du roman <em>Le Sortilège</em><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn7">7</a><em>(</em><em>Die Verzauberung)</em> dès1935 : « <em>… </em>dans ce roman, j’ai essayé de dégager, jusqu’à la racine, les événements allemands avec tous leurs arrière-plans magiques et mystiques, avec leurs pulsions de délire de la masse, avec leur “aveuglement et leur ivresse sobres”[…].<a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn8">8</a> »Broch y analyse le comportement des Allemands qui a conduit à la persécution des Juifs durant le III<sup>e</sup> Reich, puisque le roman se lit comme une allégorie et une analyse de la montée du national-socialisme et de la folie collective. Ce romanannonce les thèses contenues dans la <em>Théorie de la Folie des Masses</em>, qui réaffirme le projet de sa vie et le lien étroit entre ses écrits romanesques et théoriques : mettre au jour les causes et les dispositions psychologiques individuelles qui ont mené à l’adhésion massive à un régime totalitaire, et ce afin d’agir.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocfrom1n3">« L’état crépusculaire&nbsp;»&nbsp;: entre discours romanesque et théorique</a></p>



<p>La notion-métaphore d’« état crépusculaire » (<em>Dämmerzustand</em>) est déjà présente dans son premier roman <em>Les Somnambules</em> (1929-1931) mais elle est conceptualisée dans la <em>Théorie de la folie des masses</em>. Les personnages en proie au somnambulisme, dans le roman se trouvent dans un état crépusculaire, mais à des degrés différents. Elle atteste donc de la continuité des recherches, des préoccupations de ce penseur.</p>



<p>Dans l’anthropologie brochienne, l’« état crépusculaire » renvoie à l’héritage animalplacé du côté de l’instinct et de la survie dont l’homme peut s’extraire grâce à la connaissance et sa nature prométhéenne :« Contrairement à l’animal, l’homme se connaît et connaît le monde, il a conscience de lui-même et il a conscience du monde. Grâce à cette faculté, il est capable de s’arracher à son état crépusculaire, ce sont les avancées de la connaissance dans lesquelles se manifeste la nature spécifique de l’homme, et dont témoignent tant l’évolution historique que l’édification de la culture. » (p. 68) Cet état facilite la manipulation des masses, et y contribue : « … où l’état crépusculaire triomphe, l’homme devient masse. La masse est le produit de l’état crépusculaire.» (p. 69)La figure du chef va de pair avec le phénomène de masse : avec la panique, la masse a besoin d’un chef. Dans <em>les Somnambules</em>, il<a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn9">9</a> écrivait déjà : « C’est sans doute pour cette raison que nous aspirons à avoir un “chef”, afin qu’il nous fournisse la motivation d’événements que, sans lui, nous sommes contraints de qualifier d’insensés. » (p. 416) Broch distingue, dans la <em>Folie des masses</em>, deux types de chef : le véritable rédempteur (comme le fondateur de religion) dirige l’humanité vers un gain sur le plan de l’irrationalité ; ce type s’oppose au démagogue démoniaque qui mène les masses vers la perte en rationalité et la satisfaction des pulsions (p. 29) en s’adressant à leurs peurs et à leurs instincts. C’est la voie destructrice de culture et d’humanité.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocfrom2n2">D’une théorie anthropologique à une pensée politique</a></p>



<p>Broch conçoit la masse comme un agrégat d’individus. Dès lors, sa réflexion pour comprendre et expliquer les phénomènes de masse que sont le totalitarisme et la folie collective se situe dans l’homme. Comme Freud, Broch dénonce l’idée d’une âme collective : « La masse n’est pas une entité psychique, qui posséderait une âme propre, une volonté propre, ou d’autres attributs de ce genre. Seul l’individu et le Moi particulier peuvent être appréhendés d’une manière scientifique. Sous le terme “psychologie des masses”, il faut donc comprendre une partie du modèle psychologique général : cette partie qui se rapporte au comportement du Moi dans la masse. » (p. 45) Par conséquent, le politique ne se pense qu’au regard d’une conception de l’homme : « Toute politique commence par l’homme, elle est faite par lui, pour lui et souvent contre lui. Pour parler de politique, il faut avoir une idée de l’homme, on ne parle sinon que d’une mécanique vide. » (p. 421)</p>



<p>Broch a une approche anthropologique et psychologique de l’histoire et de la politique — même s’il prend en compte les dimensions économiques ou historiques —, son modèle du Moi est de ce fait essentiel : le sous-titre de l’essai, « Contributions pour une psychologie politique» (« <em>Beiträge zu einer Psychologie einer Politik</em> »), est à cet égard révélateur et programmatique. Broch sonde l’homme afin de comprendre les mécanismes qui mènent à la folie collective, menace pour la démocratie.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocfrom2n3">Théorie du moi, théorie des valeurs et folie collective</a></p>



<p>Dans le modèle de Broch, le but du moi est son expansion, il est en quête permanente de « valeurs », orientées vers la vie pour lutter contre l’angoisse. Le moi cherche donc à s’approprier les éléments du non-moi, par une possession réelle (dans la nutrition notamment) ou symbolique (dans l’acte de connaissance) qui représente un gain de valeurs. À l’élargissement du moi, porteur de sentiments positifs (comme l’extase) s’oppose le rétrécissement du moi, la perte des valeurs, qui conduit à la panique. C’est le non-moi qui représente une menace dans la théorie de Broch : « <em>ce qui est étranger devient un tel symbole porteur d’angoisse </em>» (p. 20) qu’il provoque la « haine de la mort ». Dans <em>Le Sortilège,</em> Broch illustre (sous forme romanesque) ce mécanisme psychique de panique et de besoin extatique dans les scènes du pogrom ou du sacrifice.</p>



<p>Broch met en lumière les lois psychologiques de la vie psychique des masses, les lois des cycles psychiques, pour agir contre elles : « Toute compréhension des processus historiques doit une fois pour toutes intégrer cet élément [psychologique], particulièrement lorsqu’elle sert une politique qui cherche à empêcher le déclenchement d’une panique de masse » (p. 24-25). Ce mécanisme des lois des cycles psychiques commence avec la panique liée au sentiment de la solitude mortelle, dont l’homme peut se libérer avec l’extase (p. 279-280). Le but de la quête de valeurs par l’homme est de lui permettre de se libérer de la peur, ce qui l’oriente donc vers « élargissement du moi » par opposition à l’amoindrissement menant à la pré-panique.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocfrom1n4">Psychologie et démocratie</a></p>



<p>Broch accorde à la dimension psychologique une importance capitale, ce qu’il justifie en précisant que les dictatures ont saisi cet enjeu psychologique. La démocratie, selon lui, devrait en faire autant en procurant à l’individu un sentiment de sécurité psychique et physique : la démocratie a besoin d’une unité axiologique, d’une valeur centrale contre l’atomisation des valeurs — en contrepoint à celle que propose le totalitarisme. L’État démocratique doit se préoccuper de psychologie des masses et de psychologie sociale puisque l’adhésion à la masse a des fondements psychologiques, causés par la solitude et la pré-panique.</p>



<p>La lutte contre le nazisme et contre toute folie collective s’opère ici sur le terrain psychologique, par la connaissance des lois psychiques cycliques et du mécanisme de perte de rationalité. La dernière phrase de la « Proposition pour la fondation d’un institut de recherches sur la psychologie politique et pour l’étude des phénomènes de folie collective » l’annonce, « les nouvelles vérités politiques seront ancrées dans la psychologie. L’humanité s’apprête à quitter l’époque économique pour entrer dans son époque psychologique. » (p. 42)</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocfrom2n4">Une théorie orientée vers l’action,&nbsp;la conversion démocratique</a></p>



<p>«&nbsp;Toute âme peut être éveillée parce qu’en toute âme coexistent le bien et le mal et que tout homme, par conséquent, est susceptible d’avancer vers le haut comme vers le bas.&nbsp;» (p. 330)</p>



<p>La « théorie » de Broch est orientée vers l’action, son anthropologie est politique. La « tâche de la démocratie », dans sa lutte contre la folie collective, est de convertir à la démocratie, la lutte pour la « dédémonisation » du monde. La démocratie doit amener l’homme dans ce que Broch appelle un « système ouvert » du point de vue de la théorie des valeurs, un système évolutionniste, par opposition au « système fermé», figé, des dictatures.Toutefois, l’essai (rédigé dans le contexte de la Guerre froide) esquisse une « troisième voie », une démocratie situéeentre le capitalisme et le socialisme révolutionnaire, un système fermé, qui serait celui d’un « utopisme démocratique. » Hermann Broch expose ainsi les traits d’une démocratie « totale », d’un « super État » qui reposerait sur le droit. Depuis, certaines utopies de Broch se sont concrétisées : en effet, cinquante ans avant la Cour pénale internationale de La Haye, il préconisait déjà un droit pénal international pour protéger la « dignité humaine. »</p>



<p>L’œuvre de Broch est éclectique, en ce qu’il est à la fois penseur, écrivain, philosophe, sociologue, et politologue — et ce déjà dans ses romans puisque son engagement pour la littérature est de nature philosophique. L’essai sur la folie des masses souligne pourtant l’unité et la cohésion de la pensée de Broch, puisque théorie du moi, théorie de la connaissance, théorie de l’histoire et théorie politique sont des « parties qui se soutiennent mutuellement<a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn10">10</a>» dans son projet. Il n’y a pas de césure dans son œuvre, entre les écrits autrichiens et ceux de l’exil : l’essai est relié (et lié) aux écrits précédents, rédigés dans un contexte européen, et il s’inscrit dans la continuité de l’œuvre romanesque et essayistique. L’exil n’a fait qu’accentuer les objectifs « politiques » et « pratiques » des écrits de Broch : la <em>Théorie de la folie des masses </em>apparaît comme le projet de sa vie, le point convergent de son travail, mais il marque aussi l’évolution de sa pensée. Si avec ses premiers romans, Broch privilégie l’instrument littéraire (avec le roman épistémologique comme <em>medium</em>) à la connaissance, à la fin de sa vie, il remet en question la possibilité de la littérature à éduquer l’homme et s’en détourne au profit des sciences humaines. En témoigne le jugement de son amie d’exil, Hannah Arendt, qui souligne ce déplacement « de la littérature vers la rigueur scientifique d’une connaissance logique et démontrable<a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#ftn11">11</a>. »</p>



<p><strong>Djéhanne Gani</strong></p>



<h4 class="wp-block-heading">notes</h4>



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<div class="wp-block-button"><a class="wp-block-button__link wp-element-button" href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php">Article paru dans Acta Fabula, Recherche en littérature </a></div>
</div>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn1">1</a><em>Massenwahntheorie</em><em>: Beiträge zu einer Psychologie der Politik</em>, éd. de P. M. Lützeler, Francfort, Suhrkamp, 1979 (1986), 582 p.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn2">2</a>&nbsp;Pierre Rusch a également traduit, avec Christian Bouchindhomme, <em>Logique d’un monde en ruine</em>, Paris, Tel-Aviv, Éditions de l’Éclat, 2005 – voir notre recension <a href="http://www.fabula.org/revue/document5518.php">http://www.fabula.org/revue/document5518.php</a></p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn3">3</a><em>Les Somnambules</em> [1956-1957], éd. revue et augmentée, trad. de P. Flachat et A. Kohn, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;L’Imaginaire&nbsp;», 1990, 727 p.&nbsp;; <em>La Mort de Virgile</em>, trad. d’A. Kohn, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;L’Imaginaire », 1955 (1990), 444 p.&nbsp;; <em>Les Irresponsables</em>, trad. d’A. R. Picard, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;Du Monde entier »,&nbsp;1961 (1980), 296 p.&nbsp;; <em>Le Tentateur</em>, trad. A. Kohn, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;Du Monde entier »,&nbsp;1960 (1991), 517 p.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn4">4</a>&nbsp;La correspondance n’est proposée que dans deux volumes anciens&nbsp;: <em>Lettres (1929-1951)</em>, trad. d’A. Kohn, Paris, Gallimard, 1961, 524 p. (traduction de <em>Briefe, von 1929 bis 1951</em>, éd. de Robert Pick, Zürich, Rhein-Verlag, 1957, 458 p.) et dans <em>La Grandeur Inconnue</em>, suivie de <em>Premiers écrits et essais de maturité</em> et des <em>Lettres à Willa Muir</em>, éd. et introd. d’E. Schönwiese, trad. d’A. Kohn, Paris, Gallimard, 1968, 448 p. (traduction de <em>Die unbekannte Grösse und frühe Schriften mit den Briefen an Willa Muir</em>, éd. et introd. d’E. Schönwiese, Zürich, Rhein-Verlag, 1961, 424 p.). Les trois volumes de l’édition complète n’ont pas encore d’équivalent en français&nbsp;: <em>Briefe (1913-1951) : Dokumente und Kommentare zu Leben und Werk</em>, éd. P. M. Lützeler, Francfort, Suhrkamp, 1981, 3 vol. (508 p., 474 p. et 636 p.).</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn5">5</a>&nbsp;Avant la parution de <em>Logique d’un monde en ruine</em> (<em>op. cit.</em>), le lecteur francophone ne disposait que du capitalissime <em>Création littéraire et connaissance</em>, éd. et introd. de H. Arendt, trad. d’A.&nbsp;Kohn, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;TEL&nbsp;», 1966 (1985), 378 p., traduction de <em>Dichten und Erkennen</em>, éd. et introduction de H. Arendt, Zürich, Francfort, Rhein-Verlag, Suhrkamp, 1955, 361 p.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn6">6</a>&nbsp;La bibliographie de sa <em>Théorie</em> le prouve. Par ailleurs,<em> La Psychologie des foules</em> de Gustave Le Bon est traduite en allemand en 1912, Broch a rencontré Canetti à Vienne, et avait connaissance du travail de Kracauer. Kracauer et lui ont d’ailleurs un destin et des problématiques communs.&nbsp;À ce sujet, voir Olivier Agard, « De Caligari à Ratti&nbsp;: philosophie de la culture et du fascisme chez Hermann Broch et Siegfried Kracaeur&nbsp;» (<em>Austriaca</em>. <em>Hermann Broch</em>,55, 2002, p. 130).</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn7">7</a>&nbsp;L’œuvre&nbsp;<em>Le Sortilège</em>&nbsp;a accompagné Hermann Broch toute sa vie&nbsp;: une première version, qui inscrit le roman dans une trilogie voit le jour en 1935, puis il y retravaille à la fin de sa vie en 1951. Au sujet de ce roman, et du <em>Tentateur</em>, voir le compte rendu de <em>Logique d’un monde en ruine</em>, note 16.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn8">8</a><em>Autobiographie psychique</em>, <em>op. cit.</em>, p. 93.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn9">9</a>&nbsp;Ou, du moins, l’auteur fictif de l’essai intégré aux <em>Somnambules</em>, la «&nbsp;Dégradation des valeurs&nbsp;» &#8211; nous n’entrons pas ici dans la discussion de son statut.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn10">10</a><em>Autobiographie psychique</em>, <em>op. cit.,</em> p. 90.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#bodyftn11">11</a><em>Création littéraire et connaissance</em>, <em>op. cit.</em>, p. 15.</p>



<h4 class="wp-block-heading">plan</h4>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocto1n1">Genèse et structure du volume</a></li>



<li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocto1n2">Théorie de la folie des masses, le projet d’une vie</a>
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocto2n1">Une pensée entre discours théorique et discours littéraire</a></li>
</ul>
</li>



<li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocto1n3">« L’état crépusculaire&nbsp;»&nbsp;: entre discours romanesque et théorique</a><ul><li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocto2n2">D’une théorie anthropologique à une pensée politique</a></li></ul>
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocto2n3">Théorie du moi, théorie des valeurs et folie collective</a></li>
</ul>
</li>



<li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocto1n4">Psychologie et démocratie</a>
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5520.php#tocto2n4">Une théorie orientée vers l’action,&nbsp;la conversion démocratique</a></li>
</ul>
</li>
</ul>



<h4 class="wp-block-heading">auteur</h4>



<p>Djéhanne Gani</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/index/auteurs/Gani+Djéhanne">Voir ses autres contributions</a></p>



<p>Courriel : <a href="mailto:djehanne.gani@gmail.com">djehanne.gani@gmail.com</a></p>



<h4 class="wp-block-heading">pour citer cet article</h4>



<p>Djéhanne Gani, «&nbsp;Hermann Broch,&nbsp;<em>Théorie de la folie des masses</em>&nbsp;: pour une pensée pratique et politique&nbsp;», <em>Acta fabula</em>,&nbsp;vol.&nbsp;11, n°&nbsp;2,&nbsp;«&nbsp;Actualité d&rsquo;Hermann Broch&nbsp;», Février 2010, URL : http://www.fabula.org/revue//document5520.php, page consultée le 30 January 2024. DOI : <a href="https://doi.org/10.58282/acta.5520">https://10.58282/acta.5520</a></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Hermann Broch, poète ou philosophe « malgré lui » ?</title>
		<link>https://parce-que.fr/hermann-broch-poete-ou-philosophe-malgre-lui/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jan 2024 08:10:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature et politique]]></category>
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					<description><![CDATA[«&#160;Il ne fut pas un romancier d’une part, un poète d’autre part et, à d’autres instants, un écrivain de pensée. Il fut tout cela à la fois et souvent dans le même livre. Il a donc subi, comme bien d’autres écrivains de notre temps, cette pression impétueuse de la littérature qui ne souffre plus de [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>«&nbsp;Il ne fut pas un romancier d’une part, un poète d’autre part et, à d’autres instants, un écrivain de pensée. Il fut tout cela à la fois et souvent dans le même livre. Il a donc subi, comme bien d’autres écrivains de notre temps, cette pression impétueuse de la littérature qui ne souffre plus de la &nbsp;distinction des genres et veut briser les limites.&nbsp;» (M. Blanchot, Le livre à venir, Paris,&nbsp;Gallimard, 1959, p.152)</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#tocfrom1n1">Un philosophe oublié</a></p>



<p>Hermann Broch (Vienne, 1886 &#8211; New Haven, 1951), écrivain et philosophe viennois, s’exile aux États-Unis en 1938 et y reste jusqu’à sa mort. Son œuvre compte des essais et des romans, dont certains sont traduits en français : <em>Les Somnambules</em><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn1">1</a>, <em>La Mort de Virgile</em><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn2">2</a>, <em>Les Irresponsables</em><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn3">3</a>, <em>Le Tentateur</em><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn4">4</a><em>…</em> Ce penseur viennois est toutefois peu connu du public pour ses essais alors que les écrits théoriques représentent presque la moitié de son œuvre complète en 13 tomes<a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn5">5</a> publiée par le spécialiste, biographe et éditeur de Broch, Paul Michael Lützeler. Les écrits philosophiques de Broch comptent plus de 600 pages<a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn6">6</a> sans compter l’étude intitulée <em>Théorie de la folie des masses</em><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn7">7</a> publiée à titre posthume en 1979 dans l’édition allemande et traduite en 2008<a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn8">8</a>.</p>



<p>En 1955, dans son introduction au recueil d’articles <em>Création littéraire et connaissance</em><sup><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn9">9</a></sup>, Hannah Arendt (1906-1975) présente Hermann Broch comme un écrivain « malgré lui » ; son fils H.F. Broch DeRothermannremet en question cette expression et lui préfère celle de « philosophe malgré lui<a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn10">10</a>. » De telles divergences soulignent que Broch souffre d’un manque de connaissance<a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn11">11</a> et de reconnaissance. La traduction des essais composant <em>Logique d’un monde en ruine</em> et, plus récemment, de la <em>Théorie de la folie des masses</em>, l’écrit majeur resté inachevé, est l’occasion de revenir sur un auteur et une œuvre encore trop peu connus. Ces articles, parue en 2005 (soit plus de cinquante ans après la mort de Broch survenue en 1951), lèvent en effet le voile sur une facette méconnue du penseur Broch et augurent d’un progrès pour la connaissance et la diffusion de sa pensée en France.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#tocfrom1n2">Logique d’un monde en ruine</a></p>



<p><em>Logique d’un monde en ruine</em> (2005) est constitué de six articles choisis par l’éditeur et traduits pour la première fois en français par Pierre Rusch et Christian Bouchindhomme. Ils ont été écrits entre 1931 et 1936 (à l’exception du dernier essai, datant de 1946), c’est-à-dire avant l’exil américain. Ces « essais philosophiques » rédigés durant la période viennoise de Broch s’inscrivent ainsi dans un champ intellectuel et philosophique déterminé puisque Broch prend part aux débats de son temps sur la psychanalyse, la musique, le langage ou la philosophie des sciences. Il s’oppose, en particulier, au programme du « Cercle de Vienne » autour de Moritz Schlick (1882-1936) et Rudolph Carnap (1891-1970) et à l’univocité de leur « conception scientifique du monde », pour reprendre le titre de leur manifeste<a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn12">12</a>. Celui-ci (souvent appelé <em>Manifeste du Cercle de Vienne</em>), paru en 1929 sous le titre <em>Wissenschaftliche Weltauffassung, der Wiener Kreis</em>, tout comme les textes de Moritz Schlick, Otto Neurath, Rudolf Carnap (entre autres), publiés dans la revue <em>Erkenntnis </em>à partir de 1930, prennent parti en faveur d’une philosophie des sciences libérée de toute métaphysique. Selon le <em>Manifeste</em>, les énoncés du théologien et du métaphysicien « ne disent rien, mais ne sont en quelque sorte que l’expression d’un sentiment de la vie », expression qui doit se faire par l’art, la musique, au lieu d’utiliser le langage qui « simule » un « contenu théorique<sup><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn13">13</a></sup>. »  Pour Broch au contraire, la connaissance scientifique n’est pas suffisante ; il s’oppose à la réduction de la connaissance aux propositions scientifiques, et réhabilite la métaphysique — comme on va le voir, par exemple, dans le troisième essai. Par ces prises de positions, Hermann Broch apparaît comme un penseur « viennois » aux prises avec son temps, en réaction au positivisme logique.</p>



<p><strong>Le premier article, « Logique d’un monde en désintégration »</strong><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn14">14</a>(1931), donne son titre au recueil et reprend le motif essentiel de la désintégration, thème prédominant des essais sur la « dégradation des valeurs » contenus dans <em>Les Somnambules</em>. Ce motif hante en effet l’œuvre romanesque et théorique de Broch : le dernier volet de la trilogie, achevée l’année de rédaction de cet essai, comprend ainsi des considérations similaires à ce texte (sur le style notamment), dans les digressions essayistiques : « [i]l reste que le style est un comportement global de l’homme, qu’il ne se limite pas et ne doit pas se limiter à la création artistique » <a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn15">15</a>. » (32) Retraçant et éclairant l’histoire de la pensée depuis le Moyen Âge, Broch convoque Hegel, Kant, la Scolastique et la Renaissance pour mettre en lumière sa théorie des valeurs puisque « [t]out système de valeurs auquel l’homme s’est soumis, auquel l’humanité s’est soumise, est à la fois une réflexion théorique qui prétend à l’absoluité et un fait empirique, par conséquent historique […]. » (19) On peut rapprocher ces remarques de l’avant-dernier essai,<strong> « Réflexions sur le problème de la mort de la civilisation » (1935)</strong>, quipropose une réflexion sur « l’esprit du temps » (<em>Zeitgeist</em>) : Broch y affirme la capacité de l’art à refléter l’esprit d’une époque en exprimant sa totalité (125) puisque l’art exprime l’Idée (127). Cette mystique est fondatrice de l’humanité et de la civilisation pour l’auteur (127) — on trouve là encore des propos comparables dans <em>Les Somnambules</em>.</p>



<p>Le contexte viennois culturel et historique de ces « essais philosophiques » marque ces écrits, comme en témoigne l’article intitulé<strong> « Remarques sur la psychanalyse du point de vue d’une théorie de la valeur » (1936)</strong>,où Hermann Broch entend « apporter un complément méthodologique à la construction du modèle psychique freudien » (46) à l’aide de sa philosophie des valeurs. Le modèle freudien est fondé sur le principe des deux pulsions de vie et de mort, alors que, selon lui, un modèle de savoir doit avoir pour base un principe moteur unique (52). L’objectif de Broch est donc de ramener ces forces imaginaires à une racine commune (53) et d’expliquer leur lien pour pallier le « déficit théorique » (54) de ce modèle. Broch conclut, à partir de sa théorie des valeurs, que les pulsions ont une racine commune (73), à savoir « l’inéluctable mouvement d’élargissement du Moi ».</p>



<p>Nous pouvons au passage noter le caractère prophétique de l’analyse de Broch qui évoque déjà (en 1936) « <em>la déformation nazie de la pulsion de mort et de la pulsion victimaire au service de la conservation de l’espèce </em>» (50) — ce qu’il illustrait dès l’année précédente dans son roman visionnaire, <em>Le Tentateur</em><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn16">16</a><em>.</em></p>



<p>Dans le troisième article intitulé « <strong>Connaissance par la pensée et connaissance par la poésie </strong>» (1933), Hermann Broch, de formation scientifique<a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn17">17</a>, dénonce la « scientificité » (83) à l’œuvre depuis le XIX<sup>e</sup> siècle, s’opposant ainsi au positivisme du « Cercle de Vienne ». Constatant la « scientifisation de la pensée » avec le processus d’autonomisation des différents domaines de valeurs (guerre en soi, philosophie en soi, militarisme en soi) qui va de pair avec l’absolutisation et la « purification » de ces derniers, qui entrent en concurrence, Broch défend au contraire l’unité et la totalité de la connaissance et revalorise les voies de la connaissance non scientifiques, celles de la poésie ou de la pensée : « La connaissance scientifique et la connaissance artistique, en effet, sont deux branches d’un <em>seul et même</em> tronc, celui de la connaissance pure et simple » (93). L’objectif de l’art comme de la science est la connaissance qui est une synthèse des savoirs rationnels et irrationnels, synthèse incarnée à ses yeux par Goethe (1749-1832).</p>



<p>Les <strong>« Réflexions relatives au problème de la connaissance en musique »</strong> (1934) défendent ainsi l’idée d’une connaissance irrationnelle qui ne peut s’exprimer dans le langage. Selon Broch, de cette connaissance irrationnelle découle un savoir qui peut être rationnel : « tout acte rationnel particulier présente des composantes intuitives et irrationnelles », estime-t-il (105). Une connaissance irrationnelle est ancrée dans l’homme (102), cette trace d’une connaissance universalisée supra-langagière et supra-rationnelle (100) est un « pré-savoir », un « savoir supérieur » qui prend la forme d’un sentiment<a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#ftn18">18</a> (102). Cette « connaissance irrationnelle — et la connaissance artistique en premier lieu — se distingue de la connaissance scientifique par la prétention à la totalité que comporte chaque acte artistique singulier. » (111)</p>



<p>Enfin, le dernier et plus long texte, écrit une décennie plus tard, durant son exil américain, <strong>« Des unités syntaxiques et cognitives » (1946)</strong> reprend et développe en partie cette idée : Broch y évoque « l’intuition » renvoyant au savoir préalable à la connaissance. Il revient sur la sphère inconsciente nécessaire pour élaborer une théorie de la connaissance et rejette l’attitude positiviste anti-métaphysique (154, 161).</p>



<p>Ces « essais philosophiques » abordent la question de l’unité de la connaissance, mêlant savoirs rationnels et irrationnels. Broch apparaît ici comme un penseur au croisement des disciplines, convoquant différents savoirs pour fonder sa théorie de la connaissance : la confrontation avec la musique, la psychanalyse, l’art, la philosophie ou encore le langage dévoile la volonté de Broch de saisir l’unité du logos. L’auteur souligne le pouvoir de l’art, connaissance irrationnelle qui exprime l’esprit d’une époque ; le troisième essai affirme ainsi, dans sa conclusion, l’éternité de l’œuvre d’art, contrairement aux principes scientifiques, ce qui illustre les limites du seul rationalisme. Au regard de ces réflexions et de l’importance qu’il accorde à l’art, reconnaître Broch comme un romancier, un artiste apparaît alors peut-être comme le plus bel hommage.</p>



<p>La traduction de ces essais inscrit Broch dans l’actualité et est l’occasion de découvrir cet « écrivain malgré lui ».</p>



<p><strong>Djéhanne Gani</strong></p>



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<div class="wp-block-button"><a class="wp-block-button__link wp-element-button" href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php">Article paru dans Acta Fabula, recherche en littérature </a></div>
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<h4 class="wp-block-heading">notes</h4>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn1">1</a><em>Les Somnambules</em> [1956-1957], éd. revue et augmentée, trad. de P. Flachat et A. Kohn, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;L’Imaginaire&nbsp;», 1990, 727 p.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn2">2</a><em>La Mort de Virgile</em>, trad. d’A. Kohn, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;L’Imaginaire », 1955 (1990), 444 p.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn3">3</a><em>Les Irresponsables</em>, trad. d’A. R. Picard, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;Du Monde entier »,&nbsp;1961 (1980), 296 p.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn4">4</a><em>Le Tentateur</em>, trad. A. Kohn, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;Du Monde entier »,&nbsp;1960 (1991), 517 p.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn5">5</a>&nbsp;Chez Suhrkamp, à Francfort.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn6">6</a>&nbsp;Ils représentent deux tomes de l’édition complète Hermann Broch, en 13 volumes édités par Paul Michael Lützeler (Francfort, Suhrkamp, 1975-1982)&nbsp;: <em>Philosophische Schriften</em>, 1975 (<em>KW9/1&nbsp;et 9/2</em>).</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn7">7</a><em>Théorie de la folie des masses</em>, trad. de Pierre Rusch et Didier Renault, Paris, Tel-Aviv, Éditions de l’éclat, 2008. On lira par ailleurs dans le dossier «&nbsp;Actualités d’Hermann Broch&nbsp;» (<em>Acta fabula</em>, février 2010, vol. 11, num. 2) un entretien avec les deux traducteurs.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn8">8</a>&nbsp;Voir le compte rendu sur <em>Acta fabula</em>.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn9">9</a><em>Création littéraire et connaissance</em>, éd. et introd. de H. Arendt, trad. d’A.&nbsp;Kohn, Paris, Gallimard, coll. «&nbsp;TEL&nbsp;», 1966 (1985), 378 p.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn10">10</a>&nbsp;H.F. Broch DeRothermann,«&nbsp;Hermann Broch, mon père&nbsp;», in <em>Europe. Robert Musil/Hermann Broch</em>, n° 741-742, 1991, p. 87-94.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn11">11</a>&nbsp;Je traduis la formule de Paul Michael Lützeler dans un article paru dans <em>Die Zeit </em>en 2001 : «&nbsp;gerühmt und unbekannt&nbsp;».</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn12">12</a>&nbsp;À ce sujet, voir en particulier&nbsp;: <em>Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits</em>, édition publiée sous la direction d’Antonia Soulez, Paris, Presses universitaires de France, 1985 ; Jans Sebestik et Antonia Soulez (éd.),<em> Le Cercle de Vienne : doctrines et controverses</em>, nouvelle éd., Paris, Budapest,&nbsp;L’Harmattan, 2001.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn13">13</a>&nbsp;Je reprends ici les propos de Vincent Ferré, dans « Le cycle du savoir : modèle encyclopédique et théorie chez Proust et Broch », dans A. Besson, V. Ferré, Ch. Pradeau (éd.), <em>Cycle et collection, Itinéraires et contacts de cultures</em> n°41, 2008, p. 77.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn14">14</a>&nbsp;Nous pouvons souligner le choix des traducteurs, qui préfèrent «&nbsp;désintégration&nbsp;» à «&nbsp;dégradation&nbsp;» pour traduire &nbsp;«&nbsp;Zerfall&nbsp;», contrairement à l’option retenue par leurs prédécesseurs pour <em>Les Somnambules</em>.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn15">15</a>&nbsp;Plus loin, Broch précise que «&nbsp;la pensée aussi porte en elle le style de son époque&nbsp;» (<em>ibid.</em>) – à comparer avec <em>Les Somnambules</em>, <em>op. cit.</em>, p. 459.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn16">16</a><em>Le Tentateur</em> (<em>Der Versucher</em>) est la traduction d’une compilation de versions de <em>Die Verzauberung </em>[<em>Le Sortilège</em>] – à partir de la première version de 1935, que Broch a retravaillée. Les choix de l’éditeur ont été critiqués, voire controversés : voir Sigrid Schmid, <em>Hermann Broch, éthique et esthétique</em>, trad. d’Olivier Mannoni, Paris, Presses Universitaires de France, 2001, p. 101-102.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn17">17</a>&nbsp;Broch, on le sait, a abandonné son métier d’ingénieur textile en 1927 pour se consacrer à l’écriture.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#bodyftn18">18</a>&nbsp;On voit ici comment Broch s’oppose au Cercle de Vienne pour qui la métaphysique débouche sur des sentiments qui ne peuvent pas fonder une théorie – voir <em>supra</em> la présentation générale de l’ouvrage.</p>



<h4 class="wp-block-heading">plan</h4>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#tocto1n1">Un philosophe oublié</a></li>



<li><a href="https://www.fabula.org/revue//document5518.php#tocto1n2">Logique d’un monde en ruine</a></li>
</ul>



<h4 class="wp-block-heading">auteur</h4>



<p>Djéhanne Gani</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/index/auteurs/Gani+Djéhanne">Voir ses autres contributions</a></p>



<p>Courriel : <a href="mailto:djehanne.gani@gmail.com">djehanne.gani@gmail.com</a></p>



<h4 class="wp-block-heading">pour citer cet article</h4>



<p>Djéhanne Gani, « Hermann Broch, poète ou philosophe « malgré lui » ? », <em>Acta fabula</em>, vol. 11, n° 2, « Actualité d&rsquo;Hermann Broch », Février 2010, URL : http://www.fabula.org/acta/document5518.php. DOI : <a href="https://doi.org/10.58282/acta.5518">https://10.58282/acta.5518</a></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Autobiographie psychique d&#8217;Hermann Broch, un « essai autobiographique » ?</title>
		<link>https://parce-que.fr/autobiographie-psychique-dhermann-broch-un-essai-autobiographique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[djehanne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jan 2024 08:03:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature et politique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://parce-que.fr/?p=290</guid>

					<description><![CDATA[Le premier texte d’Hermann Broch dévoile un autoportrait intime peu flatteur tandis que l’auteur présente ses écrits dans le deuxième texte. Broch s’emploie à faire la généalogie de son œuvre et expose les grands axes et problématiques de son œuvre&#160;; cette démarche entend donner a posteriori une cohérence à son œuvre en en dégageant le [&#8230;]]]></description>
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<p>Le premier texte d’Hermann Broch dévoile un autoportrait intime peu flatteur tandis que l’auteur présente ses écrits dans le deuxième texte. Broch s’emploie à faire la généalogie de son œuvre et expose les grands axes et problématiques de son œuvre&nbsp;; cette démarche entend donner <em>a posteriori</em> une cohérence à son œuvre en en dégageant le fil conducteur. D’emblée, Broch ne définit pas son projet d’«&nbsp;autobiographie&nbsp;», pour plutôt privilégier une approche «&nbsp;auto-théorique&nbsp;»<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn1">1</a> et mettre en exergue certains aspects de son œuvre. Broch expose son projet dès les premières phrases de «&nbsp;L’autobiographie comme programme de travail&nbsp;»&nbsp;:</p>



<p>Ceci n’est une autobiographie que dans la mesure où y est racontée l’histoire d’un problème qui, par hasard, a le même âge que le mien. […] c’est, pour le dire sans détour, le problème du relativisme pour lequel il n’y a pas de vérité absolue, pas de valeur absolue et par là non plus pas d’éthique absolue, bref c’est le problème et le phénomène de ce gigantesque machiavélisme qui intellectuellement a été préparé depuis à peu près cinquante ans et dont nous vivons les conséquences apocalyptiques.(79)</p>



<p>Le caractère rétrospectif inhérent à l’autobiographie permet à Broch de revenir sur son passé et d’en dégager des phases : ses années d’études à Vienne, occasion d’évoquer son rapport au positivisme, la guerre, le relativisme, sa théorie des valeurs intégrée dans <em>Les Somnambules</em>, ses écrits littéraires et politiques. Broch y souligne la mission ainsi que la responsabilité de l’intellectuel et l’effet éthique visé<s>s</s> par ses écrits.</p>



<p>Il s’agit là d’un portrait professionnel, d’ordre public, d’un autoportrait du poète au miroir de son œuvre alors que le premier texte est un autoportrait psychologique et relève, lui, de la sphère privée et intime.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#tocfrom1n2">L’<em>Autobiographie psychique</em>, entre autoportrait et anti-portrait&nbsp;</a></p>



<p>Broch rédige durant son exil un texte intime où il se met à nu, l’« Autobiographie psychique » (1942), essai autant qu’autobiographie. Ce texte s’oppose à l’« Autobiographie comme programme de travail<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn2">2</a> » orientée sur l’œuvre et caractérisée par la stratégie de voilement de l’autobiographie, alors que dans ce premier texte, Broch s’expose, dévoilant ses contradictions et sa nature conflictuelle.</p>



<p>Cette auto-analyse<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn3">3</a> écrite sur le ton de la confession est marquée par la psychanalyse freudienne<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn4">4</a> et la psychologie adlérienne<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn5">5</a>, car contrairement à ses contemporains et compatriotes Canetti ou Musil, Broch souligne l’apport et le besoin de la psychanalyse – l’influence d’Alfred Adler<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn6">6</a> (1870-1937) qu’il a rencontré à Vienne est ici particulièrement perceptible. Broch décrit son sentiment d’infériorité, dont il situe l’origine dans son enfance, à savoir l’absence d’amour de sa mère et la jalousie nourrie à l’encontre de son frère et de son père, jalousie qui a fait de lui à ses yeux un « non homme ». La conséquence qu’il impute à ce déni d’amour est le mécanisme de surcompensation qu’il développe contre cette impuissance imaginaire. Ce sentiment d’infériorité serait également à l’origine de son besoin de reconnaissance et de la responsabilité qu’il s’assigne, allant de pair avec un sentiment exacerbé d’obligation. Le motif de la culpabilité est traité de manière littéraire dans son œuvre, à travers ses personnages : Joachim, Esch, A., et le dernier roman de Broch (<em>Les Irresponsables</em>) est directement consacré à ce thème.</p>



<p>Les termes « devoirs » et « obligation » guident sa vie, obligation par rapport à sa famille, à l’humanité et aux femmes. Broch dissèque ses mécanismes psychologiques, sa vie devient un matériau réflexif et un cadre théorique ; son regard introspectif et rétrospectif sur lui-même et son œuvre se rapproche alors davantage d’un anti-portrait<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn7">7</a>, désacralisant le penseur Hermann Broch pour laisser place à un homme (hypocondriaque) névrosé, dévoré par les sentiments de culpabilité et d’infériorité.</p>



<p>Broch accorde une large place à ses relations aux femmes et il insiste sur le lien moral et non érotique qui le lie à elles. Il décrit deux types de femmes : le premier type correspond à l’idéalisation de la femme et à une projection masculine de l’image de la mère, une femme d’une position sociale élevée, belle et élancée. Le second type correspond à la gouvernante, de taille plus petite et de couche sociale inférieure, mais qui contrairement au premier type suscite désir et pulsions sexuelles. L’opposition entre ces deux types illustre le conflit intérieur sans synthèse possible entre le sur-moi et le ça, entre chasteté et érotisme, entre une relation masochiste ou sadique (p. 55).</p>



<p>Broch interprète ces représentations comme un « clivage de la personnalité » (p. 34). L’altérité se situe au sein de son identité<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn8">8</a>, le déchirement<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn9">9</a> et le conflit apparaissent comme des éléments constitutifs de sa personnalité. Le conflit qui tourmente Broch tout au long de sa vie relève d’antagonismes intérieurs, illustrés par les conflits entre littérature et philosophie, entre le sur-moi et le ça lié au déchirement intérieur entre femme idéale et femme qu’il désire, entre judaïsme<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn10">10</a> et catholicisme, entre États-Unis et Europe, entre éros et travail, ce qu’il exprime dans une lettre du 3 juillet 1946 à Jadwigga Judd : « […] deux choses m’ont volé la vie, la responsabilité et l’éros, l’un déterminé par le sur-moi, l’autre par le ça […]<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn11">11</a>. »Il précise que les deux pôles sont liés névrotiquement. Toutefois ses névroses apparaissent comme le moteur et la condition de son art : « […] le meilleur matériau pour la production poétique, voire spirituelle, [lui] a été donné par la névrose ou du moins grâce à son aide. » (41)</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#tocfrom1n3">Autobiographie psychique, un «&nbsp;je(u)&nbsp;» littéraire</a></p>



<p>Ce rapport binaire et conflictuel inhérent à l’auteur apporte — même s’il ne faut pas chercher de transposition naïve — un éclairage intéressant pour les personnages féminins brochiens. Souvent, l’érotisme n’est pas associé à l’amour, mais plutôt à la violence (on pense à Hildegard sacrifiée, à Huguenau l’assassin), les relations amoureuses paraissent elles aussi dénuées de <em>sentiment</em> amoureux : Pasenow « choisit » la blonde Elisabeth, l’héritière aristocratique, qu’il épousera finalement au détriment de Ruzena, brune et sensuelle, comme Esch « choisit » la Mère Hentjen, rêvant d’une rédemption. C’est ici que Broch introduit le concept d’« amphytrionisme » : il conçoit sa relation à la femme comme un acte partiellement divin ; tel Pygmalion, il aimerait remodeler sa partenaire selon son idéal, comme si l’écrivain désirait transposer son pouvoir créateur dans le domaine de l’amour. À cet égard, la relation érotique à l’autre semble relever de l’égocentrisme, Broch pensant apaiser son conflit intérieur en réduisant l’altérité de l’autre. Les personnages d’Esch ou de A reflètent cette aspiration, dans son œuvre romanesque, et montrent le lien étroit entre création et vie.</p>



<p>Il semblerait alors que l’écriture ait une fonction thérapeutique pour Broch et soit un moyen pour surmonter la crise d’identité liée à l’altérité en soi. Broch a écrit un « auto entretien » fictif et l’étude qu’il consacre à la fin de sa vie à « Hofmannsthal et son temps »<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn12">12</a> est l’occasion de se pencher sur lui-même<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn13">13</a>. La distance géographique comme temporelle liée à l’exil permet ce retour sur soi et cet essai apparaît comme une analyse sur lui-même, sur son rapport à Vienne, sur sa judéité et son identité. Doit-on par conséquent voir dans ses textes une reconstruction de sa vie, grâce à l’écriture qui apporterait unité et cohésion à ce qui est fragmentaire ?</p>



<p>Paul Ricœur introduit dans <em>Soi-même comme un autre</em><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn14">14</a> la notion d’« identité narrative »<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn15">15</a> qui comprend « <em>l’identité comme un processus continuel de construction </em>»<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn16">16</a> puisque la narration contribue à la constitution du soi. L’autobiographie joue à cet égard un rôle primordial dans la construction de l’identité, car l’écrivain devient le personnage d’un récit dont l’identité se construit avec l’histoire racontée. La notion d’identité narrative intègre en outre la dimension de fictionalisation et d’identification du moi ; si l’identité se forge entre le biographique et la fiction, alors cela implique des tensions intérieures entre des faits réels et des éléments fictifs. À travers son autobiographie et ses nombreuses lettres, Broch n’esquisse-t-il pas une construction ou une reconstruction de soi ? Son biographe<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn17">17</a> relate son penchant à l’autofiction et son goût de la mise en scène, joue avec sa biographie, dont il souligne l’absence au profit de son œuvre et mêle éléments réels et fictifs. Dans différentes lettres, il s’invente une ascendance<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn18">18</a>, improvise une signification à son patronyme<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn19">19</a> ou encore construit une filiation — par définition choisie — avec Kafka et Musil: « Je partage une chose avec Kafka et Musil, tous trois n’avons pas de véritable biographie : nous avons vécu et écrit, et c’est tout<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn20">20</a>. »</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#tocfrom1n4">L’<em>Autobiographie psychique</em>, entre essai e</a><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#tocfrom1n4">t autobiographie</a></p>



<p>Cette « autobiographie psychique » n’est ni une chronique de sa vie ni une biographie, mais un texte écrit sur le ton de la confession par un homme arrivé à un tournant d’une vie et de l’Histoire. Il théorise son expérience, mettant en scène sa biographie. Pour comprendre ce texte peu flatteur, il faut prendre en compte les circonstances, le cadre et contexte de l’énonciation et surtout avec les destinataires de ce texte intime. Cet anti-portrait n’était pas destiné à la publication, mais Broch l’a envoyé à trois de ses correspondants épistolaires<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn21">21</a>, dont deux femmes (sa seconde épouse Annemarie Graefe-Meier, son amie Ruth Norden) ainsi que son futur thérapeute Paul Federn — tous trois en exil aux Etats-Unis. Ce texte aurait eu une fonction pragmatique, celle de le défaire de ces liaisons<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn22">22</a>.</p>



<p>Les écrits romanesques comme théoriques s’enchevêtrent et se mêlent à sa vie pour former une triade inséparable entre « vie et action, création littéraire et connaissance. »<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn23">23</a> Cette autobiographie psychique dévoile un homme névrosé, ayant constamment besoin de satisfaire son sur-moi dans un mécanisme de surcompensation intellectuelle et professionnelle. La sublimation par le travail tisse sa vie de « conflits moraux » qui lui interdisent tout sentiment de bonheur comme l’indiquent les premières phrases de son « autobiographie psychique » :</p>



<p>Ma vie s’accompagne de conflits moraux qui ne cessent de peser sur elle. J’ignore presque ce qu’un simple sentiment de bonheur humain, et si d’aventure il m’est donné d’en éprouver les premiers signes, ceux-ci sont immanquablement étouffés au nom de quelques principes moraux. Dans la vie, je renonce pour ainsi dire plus facilement à ce qui est agréable qu’à ce qui est désagréable.&nbsp;(11)</p>



<p>Broch n’a pas écrit d’« autobiographie » à proprement parler, même si de nombreux témoignages autobiographiques sont disponibles (comme son « Autobiographie psychique »). C’est plutôt dans les nombreuses lettres adressées à ses proches qu’il exprime son angoisse, voire son désarroi, et témoigne de ses difficultés matérielles. Ainsi, <em>Le journal pour Ea von Allesch</em><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn24">24</a> n’a de « journal » que le nom, puisqu’il s’adresse à Ea, ce qui le rapproche de la lettre, media privilégié à l’épanchement de soi pour Broch. Il est frappant de constater que, si finalement Broch a écrit une autobiographie (ou plutôt <em>des</em> autobiographies), c’est exclusivement sous la forme épistolaire : ses écrits romanesques comme personnels sont rivés vers l’autre.</p>



<p>Ces textes « autobiographiques » sont révélateurs à plusieurs égards. L’œuvre, comme la vie de Broch sont tissées de dialogues, comme en témoigne sa correspondance abondante. Mais en réalité, n’est-elle pas plutôt un monologue, un dialogue avec lui-même dans le but de trouver une réconciliation ? Ce double portrait de Broch, psychologique et professionnel, est incomplet sans la lecture de ses romans. Si les romans ne se situent pas à Vienne, l’atmosphère viennoise est perceptible, et le penchant à l’auto-analyse de Broch comme les crises de l’identité qu’il représente n’ancrent-t-il pas son auteur dans le contexte originel de sa Vienne natale et la modernité viennoise<a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#ftn25">25</a> ? Vienne, le berceau de son œuvre, a conditionné la pensée de l’auteur, et ce malgré l’éloignement, l’exil sans retour aux États-Unis.</p>



<p>Djéhanne Gani</p>



<h4 class="wp-block-heading">pour citer cet article</h4>



<p>Djéhanne Gani, «&nbsp;<em>Autobiographie psychique</em>, un «&nbsp;essai autobiographique&nbsp;»&nbsp;?&nbsp;», <em>Acta fabula</em>,&nbsp;vol.&nbsp;11, n°&nbsp;2,&nbsp;«&nbsp;Actualité d&rsquo;Hermann Broch&nbsp;», Février 2010, URL : http://www.fabula.org/revue/document5523.php, page consultée le 30 January 2024. DOI : <a href="https://doi.org/10.58282/acta.5523">https://10.58282/acta.5523</a></p>



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<h4 class="wp-block-heading">notes</h4>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn1">1</a>&nbsp;Je reprends le terme utilisé par J.-F. Chiantaretto<em>, De l’acte autobiographique. Le psychanalyste et l’écriture autobiographique,</em> Seyssel, Champ Vallon, 1995, p. 33, repris par Régine Robin à propos de S. Doubrovsky, dans «&nbsp;L’auto-théorisation d’un romancier, Serge Doubrovsky&nbsp;», <em>Etudes françaises</em>, vol. 33/1, 1997, p. 45-59.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn2">2</a>&nbsp;Le volume <em>Autobiographie psychique</em> fait partie des œuvres posthumes de Broch et est constitué de trois&nbsp;textes&nbsp;: «&nbsp;Autobiographie psychique&nbsp;» (1942), «&nbsp;Supplément à mon autobiographie psychique&nbsp;» (1943) et «&nbsp;L’autobiographie comme programme de travail&nbsp;» (1941)</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn3">3</a>&nbsp;Cette «&nbsp;autobiographie consciente&nbsp;» ou «&nbsp;écriture de sa psychanalyse&nbsp;» annonce la démarche de Serge Doubrovsky, « Ecrire sa psychanalyse&nbsp;», 1979, à qui l’on doit également le terme d’«&nbsp;autofiction&nbsp;».</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn4">4</a>&nbsp;Les termes «&nbsp;sur-moi&nbsp;», «&nbsp;pulsions&nbsp;», «&nbsp;sublimer&nbsp;» ou encore «&nbsp;inconscient&nbsp;» qui jalonnent l’essai autobiographique l’ancrent dans ce contexte. Broch a suivi une thérapie d’obédience freudienne, auprès de Hedwig Schaxel avant l’exil, entre 1927 et 1935, puis auprès de Paul Federn aux Etats-Unis. C’est peut-être pour cette raison qu’il accorde une importance capitale à la psychanalyse dans l’éducation de son fils, et qu’il va jusqu’à juger et qualifier en 1929 de «&nbsp;criminels&nbsp;» les parents qui éduquent leurs enfants sans traitement psycho-analytique (voir Hermann Broch, <em>Das Tagebuch für Ea von Allesch</em>, p. 104, lettre à Ea, 10/2/1929&nbsp;: «&nbsp;<em>[…] da</em><em></em><em> Eltern Verbrecher sind, wenn sie ihre Kinder ohne psycho-analytische ‘Beratung’ erziehen&nbsp;</em>»). Il appliquera ce principe en confiant son fils au psychanalyste August Aichhorn (1878-1949).</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn5">5</a>&nbsp;Par ailleurs, l’influence de la pensée d’Alfred Adler, fondateur de la psychologie individuelle, se traduit notamment dans l’importance que Broch accorde à l’enfance dans le développement de la personnalité. Les expressions et problématiques de la «&nbsp;compensation&nbsp;» et du «&nbsp;sentiment d’infériorité&nbsp;» introduites par Alfred Adler sont récurrentes dans le texte de Broch.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn6">6</a>&nbsp;Dans <em>La Psychologie de la vie</em>, Adler, disciple de Freud dont il se sépare pour fonder sa société de Psychologie individuelle, souligne l’importance de l’enfance dans le développement de la personnalité, et sa confrontation au sentiment d’infériorité lié au manque d’amour, par exemple, qu’il cherche à compenser par la suite. Broch dans son autoanalyse, sans se référer à Adler, décrit ce phénomène.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn7">7</a>&nbsp;Paul Michael Lützeler parle de «&nbsp;stratégie de dégoût&nbsp;» («&nbsp;Abwehrstrategie&nbsp;») de Broch et l’interprète comme sa volonté de (faire) rompre sa liaison avec ces deux femmes, Ruth Norden et Annemarie Meier-Graefe, à qui il adresse ce texte, toutes deux exilées, alors qu’il souligne son intention d’une “américanisation intensive” qui pourrait s’opérer par le biais d’une femme américaine, non juive, précise-t-il dans son «&nbsp;autobiographie psychique&nbsp;» (57). In&nbsp;: Paul Michael Lützeler, <em>Die Entropie des Menschen. Studien zum Werk Hermann Brochs</em>, Würzburg, Königshausen &amp; Neumann, 2000, p. 24.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn8">8</a>&nbsp;Jacques Le Rider, dans <em>Modernité viennoise et crises de l’identité</em> (1990), évoque la question de l’altérité intérieure du juif assimilé (p. 243-244) et l’influence d’Otto de Weininger sur ses contemporains.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn9">9</a>&nbsp;À ce sujet, voir Dieter&nbsp;Hornig, «&nbsp;Judaïsme et antijudaïsme. Une tension insoutenable&nbsp;», in&nbsp;<em>La Licorne</em>,<em> Les écrivains juifs autrichiens (du Vormärz à nos jours)</em>,Textes réunis par Jürgen Doll<em>,</em> Poitiers, UFR Langue Littérature Poitiers, 2000, p. 217-228.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn10">10</a>&nbsp;La question du judaïsme mérite d’être développée ne serait-ce que pour évoquer l’influence de Weininger sur l’œuvre de Broch et la problématique du juif assimilé dans un contexte d’antisémitisme, acculé à l’alternative du repli communautaire, identitaire oudu phénomène de «&nbsp;haine de soi juive&nbsp;» conceptualisé par Theodor Lessing. Le thème du judaïsme est présent en creux dans le travail de Broch même s’il ne fait pas l’objet d’un travail théorique. Cette absence-présence me semble constitutive de ses écrits.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn11">11</a>&nbsp;Cité par P. M. Lützeler, <em>Eine Biographie</em>, Francfort, Suhrkamp, 1985, p. 312&nbsp;: «&nbsp;[…], sind es zwei Dinge, die mir das Leben gestohlen haben&nbsp;: Verantwortung und das Erotische, das eine vom Über-Ich, das andere vom Es bestimmt, und doch beide miteinander sonderbar neurotisch ineinander verhakt. »</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn12">12</a>&nbsp;Hermann Broch, «&nbsp;Hofmannsthal et son temps&nbsp;», dans <em>Création littéraire et connaissance</em>, trad. d’Albert Kohn,Paris, Gallimard, 1966, p. 47-184.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn13">13</a>&nbsp;Il évoque l’«&nbsp;histoire de l’assimilation&nbsp;» des Hofmannsthal (1874-1929), une famille bourgeoise juive viennoise (à ce sujet, voir Paul Michael Lützeler, <em>Eine Biographie</em>, <em>op. cit.,</em> p. 21). Or, Hofmannsthal fonctionne comme un «&nbsp;double&nbsp;», comme une figure d’identification.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn14">14</a>&nbsp;Paul Ricœur, <em>Soi-même comme un autre</em>, Paris, Seuil, coll. «&nbsp;Points essais&nbsp;», 1990, réed. 1997.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn15">15</a>Le concept d’«&nbsp;identité narrative&nbsp;» réconcilie les deux pôles que Ricœur distingue, la «&nbsp;mêmeté&nbsp;» (<em>Gleichheit</em>), et l’«&nbsp;ipséité&nbsp;» (<em>Selbstheit</em>). Cette distinction met en lumière la pluralité de l’identité puisque la mêmeté renvoie aux notions de permanence, à ce qui définirait un caractère par exemple malgré les évolutions et le cours du temps. L’ipséité, quant à elle, est soumise au changement. Cette définition dynamique de l’identité est conçue comme un processus, elle prend en compte l’évolution, intègre donc les variations liées à des phénomènes tels que l’identification. L’identité narrative correspond à la représentation de l’écrivain qui devient un personnage de récit dont l’identité se construit avec l’histoire racontée.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn16">16</a>&nbsp;Cf. Jacques Le Rider, <em>Modernité viennoise et crises de l’identité</em>, <em>op. cit.</em>, p. 55.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn17">17</a>&nbsp;P.M. Lützeler, <em>Eine Biographie</em>, <em>op. cit.</em>, p. 12-14.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn18">18</a>&nbsp;Hermann Broch, <em>Briefe</em>, <em>KW 13/1</em>, p. 135.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn19">19</a><em>Ibid.</em>, p. 202.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn20">20</a>&nbsp;Hermann Broch, <em>Briefe</em>, <em>KW 13/3</em>, p. 287 («&nbsp;Etwas teile ich jedenfalls mit Kafka und Musil&nbsp;: wir haben alle drei keine eigentliche Biographie&nbsp;; wir haben gelebt und geschrieben, und das ist alles. »)</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn21">21</a>&nbsp;Ces trois correspondances ont été éditées ces dernières années par P. M. Lützeler. Hermann&nbsp;Broch, Annemarie&nbsp;Meier-Graefe : <em>Briefwechsel 1950-51</em>, éd. de P. M. Lützeler, Francfort, Suhrkamp, 2001, 390 p. ; Hermann Broch, Ruth&nbsp;Norden, <em>Transatlantische Korrespondenz. </em><em>1934-1938 und 1945-1948</em>, éd. de P. M. Lützeler, Francfort, Suhrkamp, 2005, 274 p. ; Hermann Broch, <em>‚Frauengeschichten’. Die Briefe an Paul Federn. </em><em>1939-1949</em>, éd. de P. M. Lützeler, Francfort, Suhrkamp, 2007, 214 p.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn22">22</a>&nbsp;Ce dilemme préoccupe Broch, puisque, selon lui, une liaison heureuse et épanouissante freinerait son travail, il renonce aux relations érotiques et humaines pour se consacrer à son travail d’écriture, pensant mourir prématurément (ce qui lui arrivera en effet<s> </s>10 ans après).</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn23">23</a>&nbsp;Cf. l’«&nbsp;Introduction&nbsp;» d’Arendt, dans Hermann Broch, <em>Création littéraire et connaissance</em>, <em>op. cit.</em>.</p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn24">24</a>&nbsp;Hermann Broch, <em>Das Tagebuch für Ea von Allesch</em>, <em>op. Cit.</em></p>



<p><a href="https://www.fabula.org/revue/document5523.php#bodyftn25">25</a>&nbsp;On songe ici aux analyses de Jacques Le Rider dans <em>Modernité viennoise et crises de l’identité</em>, <em>op. cit.&nbsp;</em></p>



<h4 class="wp-block-heading"></h4>
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